ART | EXPO

Peintures et sculptures

24 Fév - 04 Avr 2015
Vernissage le 24 Fév 2015

Dans l’œuvre de Pierre Antoniucci apparaissent le plaisir de peindre et le souci de penser le tableau. Les ruptures formelles, les effacements et les recouvrements de ses figures et compositions créent un ensemble de métaphores procurant légèreté, douceur et impesanteur. Dotées d’un pouvoir narratif, ses œuvres s’animent à travers la mémoire et le temps.

Pierre Antoniucci
Peintures et sculptures

C’est à travers des œuvres légères, claires et délicates que Pierre Antoniucci nous transporte au cœur d’un voyage poétique et onirique. Dotées d’un pouvoir narratif, elles s’animent à travers la mémoire et le temps.

«Quand je peins, je désire être comme la réponse paresseuse de la rivière au paysage». C’est alors que l’œuvre exprime, parle, raconte une histoire jusqu’à faire ressortir une essence, une intimité et enfin se mettre à exister… comme un être humain.
Les peintures et sculptures de Pierre Antoniucci sont en effet, dotées du langage. Et si elles possèdent le langage, comme l’homme elles sont également pourvues de matière organique: «au premier temps la toile vierge […] ressemble alors à de la chair de poule. Le froid s’y répand». Le paradoxe, s’il y a, réside dans le fait que les figures représentées soient muettes et les scènes silencieuses. Le cours du temps s’est arrêté, le tableau a gelé une histoire et immobilisé ses personnages.

«Je suis peintre.
Je suis de l’immobile.
Ma question voyage sur le temps.
Ma réponse nie l’étendue.
S’il y a tableau c’est que quelque chose enfin s’arrête.»

La magie de la matière (organique) peut ainsi donner vie à l’œuvre, mais elle peut aussi y faire pénétrer le deuil et la mort lorsque Pierre Antoniucci intègre de la cendre à sa peinture, comme s’il s’agissait du résidu consumé du monde qui recréait la représentation de celui-ci, tel un état de recommencement. Par des ajouts de matières (cendre, terre, bitume, etc.), la texture se fait tantôt lisse tantôt granuleuse et en relief, et permet de révéler formes et silhouettes abstraites.
De ces formes on trouve des objets, des phrases, des mots, des figures, des personnages, des animaux, des scènes imaginaires… d’où s’échappent des tensions abstraites et géométriques: «Cette construction (…) possède ses modes de représentation spatiale, sa manière de faire cercle, de disposer des angles droits, de proposer ses agglomérats de formes comme ses nappages de poudre et de pigment.»

L’attention est portée sur les contours des figures et sur un tracé qui donne l’idée de volume et du mouvement. C’est de cette façon qu’il constitue d’une part ses sculptures de carton aux formes plates et simples, qu’il nomme «ob/jouet» pour le caractère ludique de l’assemblage; et d’autre part, ses tableaux en relief dont l’image est fragmentée en plusieurs sous-tableaux. Dans les deux cas, l’image est divisible et c’est le regroupement en perspective qui fait sens.

«Seules les textures, oppositions de surfaces lisses et de surfaces granuleuses révèlent la forme des corps monumentaux. C’est la texture et le grain de la matière qui induit une visibilité singulière, à la fois pesante et légère. Plus la forme du corps est envahissante, plus elle s’agrandit, plus elle tend à s’effacer et disparaître».

Dans le choix des couleurs, il laisse parfois une plus grande place au blanc, parfois plus à des couleurs saturées, un jeu de contraste et de découpe nette des formes qui donnent toute leur puissance aux personnages et aux objets. Il alterne les images et les couleurs monochromes, et les non-couleurs, les vides… Son travail est à la fois figuration et abstraction.

Pierre Antoniucci laisse ainsi transparaître son désir de collision des contraires: le lourd aspire au léger, le proche engendre le profond, le présent construit le passé. Les ruptures formelles, les effacements et les recouvrements de ses figures et compositions créent un ensemble de métaphores procurant légèreté, douceur et impesanteur.