ART | EXPO

Peindre, dit-elle

09 Oct - 15 Déc 2015
Vernissage le 09 Oct 2015

Partant du constat d’une vitalité actuelle de la peinture, en particulier chez les artistes femmes de la scène française, dix-neuf artistes confirmées et émergentes sont réunies, s’inscrivant dans le fil du récit d’un médium historique dont elles participent à la réactualisation.

Giulia Andreani, Farah Atassi, Amélie Bertrand, Anne Brégeaut, Marion Charlet, Coraline de Chiara, Nina Childress, Béatrice Cussol, Hélène Delprat, Vanessa Fanuele, Vidya Gastaldon, Oda Jaune, Maude Maris, Elodie Lesourd, Iris Levasseur, Eva Nielsen, Laure Prouvost, Claire Tabouret, Delphine Trouche
Peindre, dit-elle

Y aurait-t-il une différence de facture entre la version masculine et la version féminine d’une œuvre? La facture féminine est-elle spécifique? Existe-t-elle? Ces questions ont longtemps été un enjeu d’une histoire de l’art qui redécouvrait l’histoire des artistes femmes au fur et à mesure où les femmes prenaient place avec force sur la scène artistique. Progressivement s’est dégagée une généalogie féminine de l’histoire de la peinture depuis Artemisia Gentileschi en passant par Élisabeth Vigée Le Brun, Frida Kahlo ou Lee Krasner, une liste qui s’est allongée ces dernières décennies au fil de la redécouverte de nombreuses pratiques (Hélène Schjerfbeck, Hilma af Klint, etc.).

De même, bien qu’ait été souligné combien les femmes pionnières de l’avant-garde avaient souvent utilisé soit des médiums traditionnels dit féminins, comme la tapisserie ou la broderie, soit des médiums de revendication nouveaux, comme la vidéo et la performance, se réclamer de la peinture n’a pas disparu du discours des artistes, comme un apanage classique des beaux-arts, donc masculin, à conquérir.

Le choix est fait ici de confronter les peintures de dix-neuf artistes femmes. Pourtant, les questions relatives au «féminin» sont plus souvent évacuées que présentes. La notion de féminin est-elle obsolète et dépassée? On pourrait l’espérer, même si les clichés ont la vie dure, et qu’ils font l’objet de détournements ironiques et punks (Giulia Andreani, Anne Brégeaut, Nina Childress, Béatrice Cussol, Oda Jaune). Pourquoi alors présenter uniquement des artistes femmes? La raison est simple, le constat de l’apparition en France depuis une dizaine d’années des femmes peintres qui, même si les lignes ont bougé depuis les années 1960 et continuent de bouger, connaissent encore une visibilité restreinte.

En ce sens, cette exposition pourrait s’inscrire dans une perspective féministe assumée. Il s’agit de mettre en avant le travail des artistes, et de mettre en lumière le travail autour d’un médium: la peinture. La peinture y est envisagée dans sa pluralité, tout comme la notion de scène française. L’exposition rassemble aussi bien des artistes françaises vivant à l’étranger que des artistes d’autres nationalités ayant fait le choix de s’installer en France. L’exposition fait la part belle à la peinture figurative, sans exclure en rien la peinture abstraite, finalement peut-être plus en vogue sur d’autres scènes artistiques.

Y apparaît aussi comment les peintres ont su intégrer les mutations technologiques les plus récentes de l’image à leur travail (Amélie Bertrand, Marion Charlet, Elodie Lesourd). L’exposition rappelle ainsi que la peinture ne peut être envisagée sans les autres voies de représentation (sculpturales chez Hélène Delprat et Anne Bregeaut, dessinées chez Iris Levasseur et Béatrice Cussol, interventions dans l’espace pour Laure Prouvost et Delphine Trouche).

Chacune de ces artistes s’engage envers un médium historique dont la trajectoire a évolué selon les époques, entre rejet et retour, selon un ressac cyclique depuis maintenant plusieurs décennies. «Peindre, dit-elle» (un titre qui entre en résonance avec l’œuvre de Marguerite Duras), est la réunion d’artistes confirmées et émergentes, dont les œuvres s’inscrivent dans une histoire dense, tout en participant aussi à la réactualisation d’une peinture sans cesse mise face au défi du monde contemporain et de ses nouveaux modes d’expression et de communication.

Commissariat Julie Crenn et Annabelle Ténèze

Informations pratiques
Mercredi-lundi, 10h-12h30 et 14h-17h
Musée départemental d’art contemporain de Rochechouart
Place du Château. 87600 Rochechouart
Renseignements: 05 55 03 77 77