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Pedro Cabrita Reis

PMarie-Jeanne Caprasse
@12 Jan 2008

Contempler une sculpture de Pablo Cabrita Reis, c’est faire l’expérience de l’espace sculpté par la lumière, d’une architecture qui définit des frontières. Des œuvres pétries de mystère, nimbées dans une lumière évanescente, pour un artiste qui tente de re-construire le monde et d’y trouver sa place.

Pour sa première exposition personnelle à la galerie Nelson, Pablo Cabrita Reis expose deux installations de taille importante caractéristiques de son travail. Elles exploitent les effets de monument et revendiquent une place dans le territoire. Espaces de silence, d’introspection et de sérénité, elles évoquent le retour à l’équilibre après le chaos.

L’artiste travaille souvent in situ, faisant dialoguer ses architectures minimalistes avec le paysage. Il s’approprie le monde et ce qu’il y trouve, principalement des matériaux de construction comme les briques, le verre, le bois, les fils électriques et les néons. Des matériaux simples, recyclés, qui gardent la mémoire de leur vie antérieure.

Au rez-de-chaussée de la galerie, la pièce The Unnamed Word #2 est composée de néons, de structures en acier, de câbles électriques et d’un panneau en verre recouvert de peinture rose. Immédiatement, s’établit un rapport de redéfinition de l’espace. Les espaces vides, colorés par la lumière au néon et les fils électriques qui les parcourent invitent à la circulation du regard pénétrant l’œuvre et tournant autour.

Au premier étage, on pourra découvrir une autre installation faisant courir sur le sol des fils électriques reliés à des poutres et des briques sur lesquelles s’accrochent des tubes néon : A propos des lieux d’origine #1. Ici, les constructions se font paysage définissant de multiples frontières et un chemin de circulation emprunté par les fils.

Contempler une sculpture de Pablo Cabrita Reis, c’est faire l’expérience de l’espace sculpté par la lumière, d’une architecture qui définit des frontières. Mais plus encore, la confrontation avec ses œuvres nous fait prendre conscience du territoire dans lequel on s’intègre.

Ses constructions rappellent souvent l’architecture d’un habitat. Pourtant, elles sont systématiquement inhabitées, vides. L’homme est seul au monde, il a perdu ses illusions, l’illusion de faire partie d’un grand tout naturel et celle d’un dieu qui nous guide. Il est seul désormais, confronté à lui-même. Ce constat, pour l’artiste portugais, implique la formulation d’un territoire, un exercice d’architecture pour construire une place qui prend sens. Faire des murs, ouvrir des fenêtres, poser les lumières, c’est une manière de donner une forme au monde et y trouver sa place.

Sa position est toute autre lorsqu’il réalise ses peintures. L’enjeu devient ici plus formel. C’est la couleur, le geste pur et la simplicité de l’acte qui l’intéressent. Avec Landscape #1, « série II », il réduit le paysage à son expression minimale : une grande surface de couleur verte emprisonnée dans un écrin de verre. Plus loin, les dessins, 3 verts, 1 rose et 3 jaunes, 1 rose jouent sur la superposition d’un grand rectangle de peinture rose sur des taches de couleur qui prolifèrent à la surface du papier.

Pedro Cabrita Reis :
The Unnamed Word #2, 2005. Acier, néons et peinture laquée sur verre. 218 x 280 x 277 cm.
3 jaunes, 1 rose, 2005. Laque sur papier. 160 x 120 cm.
3 verts, 1 rose, 2005. Laque sur papier. 160 x 120 cm.
A propos des lieux d’origine #1, 2005. Acier, briques, néons. 51 x 935 x 740 cm.
Landscape #1, « série II », 2005. Aluminium, vitre, peinture. 122 x 170 cm.