ART | EXPO

Paysage(s) humain(s)/Human landscape(s)

01 Avr - 28 Mai 2016
Vernissage le 31 Mar 2016

Comme beaucoup de sculpteurs, Alina Szapocznikow (1926–1973) fut l’auteur d’oeuvres sur papier. Les dessins de «Paysages humains» évoquent le corps humain, le sien en particulier, sujet central de son oeuvre.  A travers une atmosphère quasi surréaliste, ils sont autant de douces injonctions à affronter la mort dans ce qu’elle a de charnel.

Plus connue comme sculptrice, Alina Szapocznikow considérait le dessin comme le moyen d’expression lui permettant de consigner les idées qui lui traversaient l’esprit. Si beaucoup d’entre eux servaient d’études préalables aux sculptures à venir, ceux réunis dans «Paysages humains» saisissent avant tout une certaine sensation du corps avant la mort.  Les dernières années de la vie d’Alina Szapocznikow sont marquées par la maladie et l’artiste représente alors souvent des parties de son propre corps et de personnages désarticulés.  Les contours de sa main dans ses dessins s’inscrivent dans la même veine que les moules de son corps dans ses sculptures. Ils témoignent du besoin qu’Alina Szapocznikow avait de vivre à travers ses œuvres.

Dans les dessins de cette série, on retrouve tout le répertoire iconographique d’Alina Szapocznikow: des tumeurs se mêlant à des vagins, des lèvres posées sur des jambes désarticulées, des yeux émergeant à l’horizon, une femme alanguie sur un phallus. Elle y exacerbe le climat onirique de ses «Paysages humains» en rehaussant ses dessins d’aquarelle fortement diluée, dans les tons vert, rose, gris et bleu, évoquant ainsi les atmosphères étranges du surréalisme. Les formes organiques et sculpturales, les expérimentations techniques donnent naissance à des œuvres extrêmement graphiques. Par ailleurs, à travers les nombreuses touches de couleur rose qui, dans ses «Paysages humains», rendent la chair palpable, une tension érotique transparaît.

Mais ici «Eros» ne peut véritablement surgir ici qu’à travers la puissance de «Thanatos»: confrontée à sa mort imminente, Alina Szapocznikow a créé des scènes intimes qui nous transportent dans l’au-delà, comme si le crépitement de la chair était le dernier témoin d’une vie en sursis. Les «Paysages humains» sont donc à découvrir tels des memento mori, des vanités qui rappellent que l’homme est voué à mourir. Ces dessins sont comme de douces injonctions à partager le même destin, à affronter cette réalité dans ce qu’elle a d’incisif mais aussi de sensuel – une douleur langoureuse. Ou, pour reprendre les mots de Szapocznikow, elles ont pour but d’«exalter l’éphémère, dans les replis de notre corps, dans les traces de notre passage.».