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Pavillon Seroussi. Architecture de collectionneur

PPierre Juhasz
@12 Jan 2008

Parallèlement aux trois expositions concernant des œuvres ayant un rapport à l’architecture, la Maison Rouge présente six projets d’architecture, dans le cadre d’un concours initié par Nathalie Seroussi, dont le but est de projeter une maison destinée à accueillir sa collection d’art contemporain.

Parallèlement aux trois expositions concernant des œuvres ayant un rapport à l’architecture, la Maison Rouge présente six projets d’architecture, dans le cadre d’un concours initié par Nathalie Seroussi, dont le but est de projeter une maison destinée à accueillir sa collection d’art contemporain. La construction de ce pavillon viendra prolonger un singulier ensemble architectural réalisé par l’architecte André Bloc (1895-1966), qui fut en même temps peintre, sculpteur et fondateur de la revue L’Architecture d’aujourd’hui. Cet ensemble où réside aujourd’hui la famille Seroussi est situé à Meudon et se constitue d’une résidence-atelier — construite en 1949-1950 — qu’avait occupée André Bloc jusqu’à sa mort et deux «sculptures habitacles» — construites en 1964 et 1966 —, étranges constructions issues de la synthèse entre sculpture et architecture.

C’est la référence à André Bloc, et à l’architecture expérimentale qu’il a incarnée, qui a déterminé le choix des six agences invitées à concourir. Les projets élaborés devaient, non seulement entretenir un dialogue avec l’œuvre d’André Bloc, mais aussi prendre en compte les spécificités de l’exposition d’une collection contemporaine privée et le rapport que peut entretenir le collectionneur avec sa collection.
Un jury composé de spécialistes de l’architecture devait élire le projet retenu la veille du vernissage de l’exposition.

Le lien qu’entretiennent les six jeunes agences invitées — Biothing / Alisa Andrasek ; EZCT Architecture & Design Research / Philippe Morel, Felix Agid, Jelle Feringa ; Gramazio & Köhler / Fabio Gramazio, Matthias Köhler ; DORA Design Office for Research and Architecture / Peter Macapia ; IJP-George L. Legendre, Xefirotarch / Hernan Diaz Alonso — réside dans leur utilisation de l’informatique dans la conception et la production du projet architectural.

Plus qu’une simple modernisation des outils de représentation, c’est de processus automatisés de production dont il s’agit ici, appelés «processus computationnels». L’exploitation intensive des moyens informatiques permet une nouvelle définition des étapes de l’élaboration, entre la conception et la réalisation, à partir de la prise en compte de tous les paramètres simultanément et de leur traitement en synchronie.
Ce processus matriciel permet l’engendrement de formes architecturales modulaires aussi audacieuses dans le façonnage des matériaux que dans la construction des structures.

L’exposition décline ainsi les projets en vis-à-vis d’impressionnantes maquettes qui semblent défier la loi des matériaux et la loi de la pesanteur dans des développements quasi-organiques, comme peuvent l’être les développements des tissus cellulaires.
Il est frappant de constater comment l’architecture, pour chacun des projets, tient ici de la sculpture, à l’instar du travail d’André Bloc ; comment l’architecture tient d’une plasticité, relève plus du modelage de l’espace que de la construction d’éléments et d’espaces hétérogènes. Ainsi en est-il, par exemple, des vagues des murs en brique proposées par l’agence Gramazio & Köhler, où l’utilisation d’un bras robotique industriel permet d’animer le mur de courbes irrégulières.
Ce «cœur de briques» est destiné à être installé au centre d’une maison de verre. Le jeu modulaire est, quant à lui, présent dans la référence d’un ensemble de fonctions mathématiques périodiques qui déterminent la forme et la nature des espaces (IJP-George L. Legendre).
Quant aux différents jeux de modélisations, on les rencontre dans la référence à l’élément géométrique le plus élémentaire : le point et dans l’investissement d’un «ensemble de règles montrant comment des points disposés au hasard dans un espace se coordonnent et s’interconnectent pour former une organisation spécifique» (DORA Design Office for Research and Architecture / Peter Macapia).

Le projet imaginé par Biothing / Alisa Andrasek se réfère au modèle des champs électro-magétiques et aux phénomènes de répulsion et d’attraction développant un espace labyrinthique qui mêle espace de vie et espace d’exposition tout en brouillant la relation entre intérieur et extérieur. La dimension expérimentale qui traverse tous les projets est particulièrement visible dans la proposition de l’agence Xefirotarch, mais aussi dans celle de EZCT Architecture & Design Research, qui, en cherchant à intégrer les données naturelles, font référence à l’œuvre et à la pensée de Frank Lloyd Wright.

Les projets et maquettes sont accompagnés de vidéos d’entretiens avec les architectes qui explicitent leur démarche et, en contrebas, sont présentés des documents – dont la projection d’un film – sur les recherches d’André Bloc, en particulier sur ses Sculptures-Habitacles.

L’ensemble de l’exposition témoigne d’une démarche innovante et audacieuse, liée à une initiative privée qui donne lieu à une interrogation fertile des nouvelles recherches et nouvelles perspectives de l’architecture, notamment de l’architecture comme lieu d’art — à l’ère du numérique. Alberto Giacometti déclarait : «L’espace n’existe pas, non, il faut le créer, mais il n’existe pas».

EZCT Architecture & Design Research
Studies on Optimization: Computational Chair Design using Genetic Algorithms (with Hatem Hamda and Marc Schoenauer), 2004

André Bloc
Sculpture-habitacle n°2, 1964, Meudon
sculpture-habitacle « La Tour », 1966, Meudon

Biot(h)ing, Alisa Andrasek
The invisibles artificial synesthesia (dynamic cellular morphology), 2003