ART | CRITIQUE

Patrick Everaert

PAnna Guilló
@12 Jan 2008

Des œuvres ancrées dans le monde de la peinture, même si ce sont paradoxalement des tirages numériques sur papier photographique. Pourquoi alors parler de « peinture » ?

Au moment où le Salon de la Jeune Création ouvre ses portes à la Grande Halle de la Villette, la galerie Aline Vidal montre le travail de Patrick Everaert qui exposa, en 1994, au Salon alors nommé « Jeune Peinture ». C’est bien du monde de la peinture que vient cet artiste, par sa formation et aussi par ce qu’il nous montre; même si, aussi paradoxal que cela puisse paraître, les œuvres sont des tirages numériques sur papier photographique. Pourquoi alors parler de « peinture » ?

Alors que la peinture et a fortiori le numérique permettent la répétition du même (nous sommes habitués à répertorier ces derniers par numéros de série), les œuvres de Patrick Everaert sont des tirages uniques qu’il nous sert comme des tableaux.
Mais au-delà de cette petite distinction, l’artiste marque son appartenance au monde pictural par le traitement qu’il inflige à ses images. Glanées dans les journaux ou dans le monde du photoreportage, il les traite de manière à ce qu’elles perdent leur signification originale. Pourtant, quelque chose demeure de l’image médiatique initiale dont on sent, même en ne la reconnaissant pas, qu’elle vient d’un monde familier. Tel paysage « lunaire » n’est-il pas emprunté à une scène de massacre ? Tel personnage engoncé dans le cadre d’une porte comme s’il s’agissait d’un modèle en pose n’est-il pas un simple anonyme extrait d’un quelconque univers de papier glacé ?

Agacé de croire reconnaître sans connaître, on est aussi émerveillé de cette perte tant le caractère énigmatique et le traitement esthétique nous fondent dans une fiction dont il nous incombe d’inventer la trame. Il faut ajouter que le travail de Patrick Everaert trouve un fertile contrepoint les images bidouillées par l’informatique. Son élégance d’approche, qui évite l’impérialisme esthétique de Photoshop, tgémoigne d’un véritable savoir-faire, d’un « métier » comme on dirait en peinture.

Photographies floues décontextualisées (pas même un petit cartel auquel se rattacher), sont accrochées avec une rigueur impeccable dans l’écrin-galerie d’Aline Vidal qui tord à nouveau le cou, et c’est tant mieux, à la distinction peinture-photographie pour montrer de l’art, tout simplement.

Patrick Everaert
Sans titre, 2001. Impression numérique sur papier photo. 60 x 58 cm.
Sans titre, 1996. Impression numérique sur papier photo. 170 x 70,70 cm.
Sans titre, 2002. Impression numérique sur papier photo. 100 x 200 cm.
Sans titre, 2002. Impression numérique sur papier photo. 57,30 x 60 cm.
Sans titre, 2001. Impression numérique sur papier photo. 100 x 128 cm.
Sans titre, 2002. Impression numérique sur papier photo. 50 x 50 cm.
Sans titre, 2002. Impression numérique sur papier photo. 80 x 80 cm.
Sans titre, 2001. Impression numérique sur papier photo. 120 x 196 cm.
Sans titre, 2001. Impression numérique sur papier photo. 160 x 70 cm.
Sans titre, 1997. Photo couleur. 160 x 78 cm
Sans titre, 2002. 5 photos en impression numérique sur papier photo. 32,50 x 39 cm.