DANSE | SPECTACLE

Welcome

06 Avr - 13 Avr 2019

Avec Welcome, Patrice Thibaud embarque ses publics dans une drôle d'aventure mêlant danse, théâtre et poésie burlesque. Quelque part entre "Le Voyage" de Charles Baudelaire et La Croisière s'amuse : Welcome propose une virée au paradis. Un paradis un peu moins glorieux que sur le prospectus.

À la lisière de la danse, du théâtre, de la musique et du burlesque, voici Welcome (2018) de Patrice Thibaud. Pièce pour six interprètes, c’est avec humour que le spectacle invite à jeter un œil de l’autre côté. De quel côté ? Mais celui du paradis, bien sûr. Et tout y passe : de l’idéal à la déception, de l’idyllique au prosaïque. Avec Jean-Michel Guérin et Patrice Thibaud à la mise en scène, ainsi que Fran Espinosa et Joëlle Iffrig à la chorégraphie, Welcome secoue la mort. Exit l’univers cotonneux et merveilleux des belles promesses. Bienvenu dans un monde réel, où le paradis a quelque chose de bancal. Bienvenu dans la salle d’attente du paradis, en somme. Dans le long tunnel blanc à l’issue duquel fleurissent toutes les joies. Ou pas. Et transformant la scène en lieu d’embarquement, Welcome réunit danseurs, chanteurs et mimes pour une joyeuse danse macabre.

Welcome de Patrice Thibaud : entre danse, théâtre, musique et poésie burlesque

Pièce flamboyante, Welcome mobilise six interprètes bien vivants. À commencer par Patrice Thibaud lui-même, ainsi que le musicien et comédien Philippe Leygnac. Sans oublier Olivier Saladin — ex-Deschiens, inoubliable. Tandis que venus de la danse contemporaine et du flamenco, Lydie Alberto, Marianne Bourg et Fran Espinosa complètent l’équipée fantastique. En route, donc, pour la maison de retraite, où les pensionnaires se demandent ce qu’ils font là. Évocation des désirs, regrets, espoirs… Dans un univers édulcoré comme une belle carte postale à la Martin Paar, mais où tout part un peu en live, Welcome gratte la pellicule du kitsch par le grinçant. Chaque culture compose son rapport à la mort en promettant plus ou moins quelque chose. Du bonheur éternel, à la parfaite indifférence de l’anéantissement. Paradis artificiels, paradis fiscaux, vacances paradisiaques en résidences sécurisées, coupées du monde… Chacun fantasme son petit paradis fait d’assouvissements et d’éternité sans durée.

L’avant-goût du paradis des uns… a l’arrière-goût du paradis des autres

Mais gare à la descente, car comme toute promesse, le paradis ne demande qu’à être trahi. Lieu d’attente, de bilans et de rires, Welcome présente un paradis moins glorieux qu’escompté. Comme ces merveilleuses publicités au bas desquelles figure, en petits caractères, la mention « image non contractuelle ». Bienvenu dans le produit réel. Car c’est aussi cela le paradis : un produit vendu à prix d’or, à grands renforts de promesses non contractuelles. Sur scène, entre comédie musicale, cabaret burlesque et performance contemporaine, la pièce distille ainsi son antidote face à la déception inhérente aux attentes démesurées. Allégorie foutraque, hautement gestuelle et musicale, Welcome invente son propre vocabulaire expressif. Un peu comme dans les films de Jacques Tati. Et mobilisant tout ce que le spectacle peut avoir de vivant, Welcome soigne l’angoisse suprême par le rire. Une chevauchée initiatique, pour apprendre à « accepter sa mort sans déranger celle des autres ».