ART | EXPO

Passion

15 Mar - 14 Juin 2014
Vernissage le 15 Mar 2014

Autour de l’utilisation du verre, ces œuvres questionnent l'équation mystérieuse entre sacrifice, sacrilège et sacré. Que ce soit dans ses sculptures anciennes du Christ auxquelles il fait subir une opération sacrificielle de cristallisation ou ses grands diptyques en verre bleu gravé, l’artiste évoque l'horreur de la pauvre chair humaine martyrisée.

Pascal Convert
Passion

Dans cette exposition, Pascal Convert présente deux séries d’œuvres qui questionnent l’équation mystérieuse entre sacrifice, sacrilège et sacré. Sacrées en tant que représentations de la figure divine et en tant qu’œuvres d’art, des sculptures anciennes du Christ, en ronde bosse et d’échelle quasi humaine, ont eu a subir une opération sacrificielle de cristallisation.

Olivier Juteau, maître verrier qui réalise les œuvres en verre de Pascal Convert depuis plusieurs années, a décrit avec précision le rituel permettant cette opération qui produit une transmutation du bois en cristal. Description cruelle d’un processus de destruction, description rigoureuse d’une réinjection du sens.

«Trouvez un vieux Christ en bois. Dépoussiérez et brossez la surface du bois. Enlevez les rebouchages douteux effectués lors des restaurations précédentes. Purgez tous les apprêts faits au plâtre. Retirez toutes les parties métalliques en les recherchant en promenant un aimant sur le corps du Christ. Rebouchez à la cire les trous indésirables et au besoin complétez avec de la cire les parties manquantes. Positionnez les jets d’alimentation en cire et les évents en cire. Montez au pinceau une première couche de plâtre réfractaire pour bien prendre tous les détails. Installez l’armature métallique devant contenir la pression du verre liquide. Coffrez l’ensemble et coulez le moule réfractaire autour du Christ. Après 48 heures et après décoffrage, enfournez parfaitement à l’horizontale. Disposez dans le four et au-dessus du moule les procédés d’alimentation en verre du Christ. Étuvez le moule à 120°C jusqu’à ce qu’il ne dégage plus de vapeur d’eau. Cuisez jusqu’à 550°C et appréciez visuellement la combustion de l’original en bois. Montez le four progressivement à une température de 880°C. Dès que cette température est atteinte, commencez à alimenter en verre. Arrêtez l’alimentation quand le verre ressort par les évents, attention cela se fait doucement et prend une vingtaine d’heures. Laissez refroidir jusqu’à 580°C et restez-y au moins 48 heures. Faites refroidir extrêmement progressivement sur une durée d’un mois et demi, jusqu’à la température ambiante. Sortez le moule du four et commencez à démouler précautionneusement en respectant la volonté de l’artiste. Consolidez si nécessaire avec de la résine les parties du plâtre réfractaire trop tendres que l’artiste souhaite conserver autour. Réparez les fissures inévitables, rebouchez certains manques si besoin. Brossez la surface de la sculpture. Patinez l’ensemble.»

Cette terrible recette décrit ce qui peut ressembler à une «paisible tuerie», mais au sentiment initial d’effroi face à ce geste iconoclaste décisif succède, devant l’œuvre, l’impression de se trouver devant le fantôme persistant d’une mer de cristal mêlée de feu (L’Apocalypse de Jean, 15, 2).

L’horreur, l’horreur de la divine pauvre chair humaine martyrisée, apparaît autrement dans la seconde œuvre présentée. Aux murs, des diptyques en verre bleu gravé s’ouvrent comme des pages de livre géantes sur lesquelles court une étrange écriture manuscrite. Les textes en sont extraits d’un ensemble de huit cahiers écrits en yiddish à l’encre bleue, dans la région de Kielce en Pologne entre 1942 et 1944, et titrés Treblinka.

Comme l’écrit l’auteur, rescapé de Treblinka, «les témoignages à apporter sont tellement nombreux qu’il n’est pas possible de les rapporter, même oralement». Ici, quelques fragments malgré tout (En écho au titre de Georges Didi-Huberman, Des images malgré tout).

Au fond de la galerie, comme un rappel du questionnement de Pascal Convert sur trois images, trois icônes de presse (Pietà du Kosovo, Madone de Bentalha, Mort de Mohamed Al Dura), un visage de femme englouti dans une masse de verre hurle un cri gelé désespérément inaudible…

Article sur l’exposition
Nous vous incitons à lire l’article rédigé par François Salmeron sur cette exposition en cliquant sur le lien ci-dessous.

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