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Particules n°20

Welcome back ! Un an après l’interruption de sa publication, Particules, la revue impertinente de «réflexions sur l’art actuel» refait surface. Aujourd’hui payante et diffusée de manière plus large, elle bénéficie du soutien des éditions Monografik. Pour l’été, Particules propose des entretiens (Erró, Tania Mouraud, Alain Séchas), des billets d’humeur (sur Loris Gréaud) et des analyses (Sylvain Rousseau, le marché de l’art, l’alterréalité).

Information

  • @Juin, juillet, août 2008
  • 2
  • \3 €€
  • E24
  • Zoui
  • 4Français
  • }30 L - 41,5 H

Présentation
Rédacteur en chef : Gaël Charbau
Particules n°20

Editorial, par Gaël Charbau

«Tout le monde connaît « l’effet Papillon », tarte à la crème des émissions sur le dérèglement climatique, métaphore qui postule qu’un petit événement peut avoir des conséquences colossales, par le jeu des réactions en chaîne.

Dans le marché de l’art contemporain en France, c’est exactement l’inverse ; il faudrait plutôt parler de l’effet « éléphant » dont le mécanisme peut se résumer ainsi : des énormes événements se produisant ailleurs finissent par déclencher de petits effets chez nous. Ainsi par exemple du prix de certains de nos jeunes artistes, qui, même lorsqu’ils sont quasi inconnus, s’affichent désormais autour de 10 000 euros pour une première exposition, scénario vraiment impossible il y a une dizaine d’années… L’effet éléphant est-il déclenché par les prix affichés dans les nouvelles galeries en Chine ? En effet, dans ce pays, on ne se gêne pas pour mettre sur le marché mondial des artistes dont on ignore tout, sauf le prix. Selon la société de conseil Artprice, la cote des artistes chinois aurait bondi de 440 % en cinq ans ! C’est la folie hystérique dans les grandes maisons de vente qui ressemblent de plus en plus à des Poltergeist : les marteaux s’envolent dans tous les sens et sans raison apparente… Sans raison esthétique bien sûr.

L’effet est tel au pays de la grande muraille que les parents n’en dorment plus, et son prêts à faire le pied de grue devant les écoles d’art pour qu’y entrent leurs rejetons dans l’espoir qu’ils deviennent les nouvelles stars du marché de demain. Mais qu’a-t-il donc de meilleur que le nôtre cet art chinois, je vous le demande ?

Autre point de la planète : en mai dernier, on apprenait qu’une copie en platine d’un crâne du XVIIIe siècle « incrustée de 8601 diamants » de l’artiste Britannique Damien Hirst, était vendu 100 millions de dollars à un groupe d’investisseurs. Dans ce fameux « groupe d’investisseurs », figurent le galeriste et l’artiste lui-même !… qui devient, à cette occasion, l’artiste vivant le plus cher au monde. Le pire, c’est que les « institutions », idéalement garantes d’un certain recul, d’une certaine éthique, cautionnent de plus en plus ouvertement cette « reconnaissance par le marché ». C’est un fait, on nage depuis un certain temps déjà dans le revival décomplexé du début des années 80, qui étaient dominées par le fric, la futilité, la bourse et la coke. Mais aujourd’hui avec cette touche de naïveté en moins qui rend chacun « gérant » de sa propre vie, prêt à tous les sacrifices pour réussir, réussite étant devenu le premier synonyme d’existence. Se hisser au-dessus de la meute, beaucoup en rêve, quitte à brûler les étapes et laisser le marketing prendre la place de l’artistique.

Mais forts de notre « effet éléphant » en France, nous sommes encore un certain nombre à considérer qu’on ne peut pas laisser l’art s’enfoncer dans cet ennui commercial globalisé qui fait que où qu’on aille aujourd’hui dans le monde, on entend la même musique, on voit les mêmes installations… Partout, et pas seulement chez nous, mais en Allemagne, en Angleterre, aux Etas-unis, des voix s’élèvent parmi les critiques et les artistes les plus courageux — ou du moins, ceux qui n’ont rien à perdre — pour dénoncer cette uniformisation stérile de la création, qui est tout de même parvenue en quelques dizaines d’années à ôter à tout un pan de l’art sa dimension jouissive et spéculative (au sens intellectuel, bien entendu), pour devenir un produit comme un autre, aussi décevant qu’un Iphone.

D’où viendra l’étincelle, l’effet papillon ? Peut-être faut-il se ranger à l’opinion d’Eric Hazan qui ne croit pas à un changement concerté, à une « révolution » qui serait le fait de quelques individus, mais bien plus à cette « fureur qui monte tout doucement » qui est plus dangereuse que tous les mots d’ordre puisqu’elle se loge insidieusement dans le ventre et qu’elle ne peut faire l’objet d’aucun calcul. Un effet papillon qui attend son heure, en somme.»