ART | CRITIQUE

Paris, Texas

PMuriel Berthou Crestey
@21 Déc 2009

Les grandes toiles de Paris-Texas ont été inspirées à l'artiste américaine Rosson Crow par un séjour parisien duquel elle a conservé le souvenir d’images du patrimoine français, qu'elle a mâtinées d’icônes texanes.

La galerie Nathalie Obadia présente la dernière série de peintures grand format réalisées par Rosson Crow : Paris, Texas. La jeune artiste américaine a suivi l’enseignement de Peter Halley. L’influence du néo-géo n’est pourtant pas directe dans ces œuvres où le registre minimal cède la place à une surabondance de stimili visuels. Les couleurs cramoisies soutenues à grand renfort de tons sombres ou très vifs n’offrent aucune échappatoire au regard. Les surfaces chromatiques s’étendent généreusement sur la toile. Et c’est la figuration qui domine dans ces œuvres traversées par les dégoulinures.

Les toiles cosmopolites de Paris-Texas ont été inspirées par un séjour parisien duquel Rosson Crow a conservé le souvenir d’images représentatives du patrimoine historique français (Versailles, le Louvre, le Ritz…), qu’elle a, pour la circonstance, mâtinées d’icônes texanes. Dans Salon de réception avec Bud Light, ce sont les drapeaux américains qui flottent au milieu d’un salon de réception de style empire. Avec The Big Sleep, Rosson Crow n’hésite pas à accompagner le cercueil de Michael Jackson de l’inscription «We love you Michael», le tout plongé dans un bain de lumière vermeille.

Enfin, Jeff Koons at Versailles prolonge l’utilisation de cette palette aux teintes rubicondes, pour l’appliquer au démantèlement des symboles de la culture artistique contemporaine. Dans Grand Salon, 1976, c’est l’intensité des contrastes qui attire l’attention sur une lampe de chevet, un tableau en arrière-plan, ou la lisière d’un chevalet. Autant de mises en perspectives brisées par des traînées de peinture qui parcourent la toile de part et d’autre et détruisent l’illusion de profondeur.

Fervente adepte du «recyclage» artistique, Rosson Crow mixe les genres, en travestissant les codes. Le titre lui-même de l’exposition est emprunté au film Paris, Texas (1984) de Wim Wenders, et désigne l’imbrication de deux aires géographiques. Ainsi elle reprend les grands mouvements de mixage de la société contemporaine. La palette vive, trash et contrastée intervient alors au service d’une réappropriation des icônes de la société contemporaine.

Liste des Å“uvres
Rosson Crow
— Rosson Crow, Grand Salon, 1976, 2009. Oil, acrylic and enamel on linen. 213 x 300 cm
— Rosson Crow, Salon de Réception avec Bud Light, 2009. Oil, acrylic and enamel on canvas. 213 x 300 cm
— Rosson Crow, Haves and Have-nots (Ciccones), 2009. Oil, acrylic and enamel on linen. 213 x 213 cm
— Rosson Crow, Jeff Koons at Versailles, 2009. Oil, acrylic and enamel on linen. 213 x 300 cm
— Rosson Crow, Pop Art Palazzo, 2009. Oil, acrylic and enamel on linen. 243 x 365 cm
— Rosson Crow, The Big Sleep, 2009. Oil, acrylic and enamel on canvas. 243 x 260 cm
— Rosson Crow, To Dine on a Carpet of Stars Each Night, 2009. Oil, acrylic and enamel on canvas. 213 x 300 cm

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