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Pan !

Entre dessin et peinture, l’indétermination de l’aquarelle, solution plastique trop rare, dont la délicate texture permet d’infinies variations de profondeur et de brillance, s’allie dans les œuvres de Chloé Julien à la liberté des sujets, à ces infinies capacités expressives du corps, motif essentiel des œuvres de l’artiste.

Au cœur de la feuille blanche, que de larges aplats de couleur pâle détrempent, la peinture en ramifications cherche son chemin dans les trames du papier.
Chloé Julien transforme aisément les coulures de couleurs, ici en extensions du corps (Corde à sauter, 2008), là en figure nouvelle. Si l’artiste s’attache uniquement à la figure humaine, celle-ci est malmenée : les largesses de l’encre et de l’aquarelle lui permettent d’oser des figures hybrides (Diable, 2008), dédoublées ou masquées (Femme masquée, 2008), de faire surgir d’une poitrine un cœur qui explose en une tache rouge (Les Idiots 4, 2002), d’esquisser un sexe qui pointe joyeusement hors du corps (Les Idiots 5, 2002), ou d’affirmer des silhouettes en équilibre défintif au centre de la feuille, à la manière des nus dessinés de Rodin (Les Idiots 2, 2002).

Par l’immédiateté du geste et de la représentation, Chloé Julien ancre son travail dans la sphère de l’intime. Plus violentes qu’auparavant, ses œuvres délivrent une sensation de prise avec les méandres de l’inconscient. Les thèmes abordés sont, notamment, les douleurs de la féminité, les rapports entre les êtres et le rapport à soi, à l’intégrité du corps.

Ainsi dans ces images de mues, que permet la technique de l’aquarelle par couches légères : La Maturité (2007) ou Mue (2008) disent les tourments de la transformation du corps, mais aussi le poids du passé dont on parvient à se débarrasser. Parfois associé à un animal, le corps devient figure mythologique et permet toutes les interprétations : le taureau, symbole masculin récurrent, est associé à la femme comme un être protecteur (Dream, 2007) ou comme le complice des jeux de travestissement (Femmes à bottes et homme à tête de taureau, 2007).

Dans le temps du rêve et des peurs, les aquarelles de Chloé Julien révèlent, parfois avec humour, des angoisses à la fois intimes et universelles : la femme acculée par l’assaillant masculin (Les Loups, 2008), la tentation du « saut dans le vide », avec Suicide dans une flaque d’eau (2002), ou la terreur du corps nié et démembré (La Mâchoire, 2007). Avec justesse, les œuvres de l’artiste réhabilitent les droits de l’inconscient dans le champ de l’art.

Chloé Julien
Les Loups, 2008. Aquarelle et encre sur papier. 106 x 75 cm
Corde à Sauter, 2008. Aquarelle et encre sur papier. 106 x 75 cm
Diable, 2008. Aquarelle et encre sur papier. 106 x 75 cm
Femme qui Pisse, 2002. Aquarelle et encre sur papier. 75 x 56 cm
Dessapé, 2002. Aquarelle et encre sur papier. 75 x 56 cm
Dream, 2007. Aquarelle et encre sur papier. 106 x 75 cm
Maturité, 2007. Aquarelle et encre sur papier. 106 x 75 cm
Mue, 2008. Aquarelle et encre sur papier. 106 x 75 cm
Ganesh, 2007. Aquarelle et encre sur papier. 62 x 44,6 cm
Femme Fusil, 2006. Aquarelle et encre sur papier. 65 x 50 cm
Le Tank, 2006. Aquarelle et encre sur papier. 66 x 51 cm
La Mâchoire, 2007. Aquarelle et encre sur papier. 32 x 24 cm
Confusion in Glasgow, 2004. Aquarelle et encre sur papier calque. 43 x 37 cm
Femme à bulle, 2002. Lithographie. 52 x 52 cm
Les Lapins, 2008. Gouache sur papier calque. 39 x 29 cm
Femme masquée, 2006. Aquarelle et encre sur papier. 66 x 50 cm
Femme à bottes et homme à tête de taureau, 2007. Aquarelle et encre sur papier. 106 x 75 cm
Suicide dans une flaque d’eau, 2002. Aquarelle et encre sur papier. 30 x 42 cm
Les Idiots 1, 2002. Aquarelle et encre sur papier. 32 x 24 cm
Les Idiots 2, 2002. Aquarelle et encre sur papier. 32 x 24 cm
Les Idiots 3, 2002. Aquarelle et encre sur papier. 32 x 24 cm
Les Idiots 4, 2002. Aquarelle et encre sur papier. 32 x 24 cm
Les Idiots 5, 2002. Aquarelle et encre sur papier. 32 x 24 cm
Les Idiots 6, 2002. Aquarelle et encre sur papier. 32 x 24 cm
Les Idiots 7, 2002. Aquarelle et encre sur papier. 32 x 24 cm
Les Idiots 8, 2002. Aquarelle et encre sur papier. 32 x 24 cm
Les Idiots 9, 2002. Aquarelle et encre sur papier. 32 x 24 cm
Beuys, 2002. Aquarelle et encre sur papier. 32 x 24 cm
Pan !. Vidéo. Avec la participation d’Elsa Cha.
Montage :  Pierre Sepnil et Chloé Julien
Caméra : Pierre Sepnil et Audrey Panibratchenco