ART | EXPO

Oxymorons

04 Mar - 16 Avr 2011
Vernissage le 03 Mar 2011

Avec une économie restreinte, celle du dessin exercé avec un crayon, Filomena Borecká rend compte d'une expérience de l’intériorité qui peut paradoxalement se partager.

Communiqué de presse
Filomena Borecká
Oxymorons

Sous la peau, Influence, Effusion, Connexion, Refoulement, Relâchement, Incarnation en cours, Re-Liance sont quelques uns des titres des oeuvres qui constituent les éléments de l’étrange corpus artistique de Filomena Borecká.

Déployées sous l’aspect de lignes vibrantes que l’on ne peut décrire qu’en empruntant une figure de style littéraire, l’oxymoron; ces masses vaporeuses sont des œuvres, à la fois simples et complexes, touffues, solides et fragiles, elles peuvent évoquer aussi bien une chevelure, le système sanguin ou encore les organes reproducteurs d’un extra terrestre.

Les lignes si particulières qui les composent sont exécutées à l’aide d’un crayon fabriqué dans l’usine tchèque Koh-i-Noor, un outil qui a la particularité de posséder une mine qui en contient plusieurs de différentes couleurs. Le choix qui permet à l’artiste de créer cette épaisseur si légère qui caractérise son travail sur papier, généralement d’assez grands formats, mais aussi les volumes en plâtre, en pierre, en céramique ou en latex qui peuvent être utilisés pour eux-mêmes ou bien servir de support à la réalisation de performances sonores.

Les traits rouge, jaune et bleu s’entremêlent ainsi dans une sorte d’indistinction pour conjuguer l’épaisseur du corps et la fluidité de l’énergie vitale. Le tout est conduit par une main experte dans une succession de gestes rapides et lentes cherchant à retrouver ce que Filomena Borecká nomme «les voix intérieures pour re-créer une unité».

Une sorte d’Action Drawing qui utilise l’énergie vitale du dessinateur et qui constitue le moteur et le sens du travail tout en évitant d’être la projection d’un moment d’existence irréfléchie et pulsionnelle; ce moment où le corps est liée au mental au point que l’expérience corporelle deviendraient matériaux comme on a pu le voir avec les artistes de l’Action Painting.

L’œuvre est à la fois conceptuelle et sensuelle, abstraite et figurative, elle constitue une expérience de l’intériorité tournée vers l’extérieur à partager avec les regardeurs à l’aide de formes essentielles et organiques qui rassemblent ce qu’elle nomme «la quintessence d’un être».  «Je cherche à ralentir les choses. Il y a un flux d’informations extérieurs qui nous noie, j’essaie de me mettre à l’écoute de soi et du silence pour voir et re-découvrir les choses. Je viens d’un pays post-communiste qui souhaitait contrôler les signes, c’est probablement pour ça que je veux m’éloigner de cette sollicitation déchaîné qui nous suggère l’époque actuelle et c’est pourquoi je recherche une expérience de l’intériorité qui peut paradoxalement se partager dans une économie restreinte, celle du dessin exercé avec un crayon qui me permet un trait vibrant comme une chaire mentale».

Une intuition inventive qui pousse l’artiste à composer des formes matricielles poétiques qui sont des écoutes de sa voix intérieure, de son souffle, métaphore du rythme de l’existence. Les recherches sur le souffle entreprises avec des sociologues à l’aide de questionnaires est un travail que Filomena Borecka poursuit depuis plusieurs années en enregistrant la respiration des adultes ou des enfants dans leur sommeil. Sa collection réuni déjà plus de 850 témoignages écrits et sonores venant du monde entière et elle continue à s’agrandir. (Alain Berland)