ART | CRITIQUE

Ouverture du Mac/Val

PPhilippe Coubetergues
@12 Déc 2005

Le Mac/Val (Musée d’art contemporain du Val-de-Marne) est l’aboutissement d’une collection départementale constituée depuis vingt-trois ans grâce à l’initiative d’un critique d’art, Raoul-Jean Moulin, qui a su convaincre les politiques de son département de la nécessité d’inscrire les œuvres et la création artistique à proximité des populations actives et résidentes…

A partir de 1990, apparaît le projet d’un musée RMN (Réunion des musées nationaux), un conservateur est nommé, l’état apporte alors son soutien à cette ambitieuse perspective, la collection est augmentée, élargie, diversifiée.
Aujourd’hui, après quasiment trois ans de travaux, un magnifique bâtiment allongé, ouvre ses portes au public. En tout, 13000 m2, dont 2600 consacrés aux expositions permanentes et 1350 aux expositions temporaires (actuellement Jacques Monory). Le reste, ce sont les réserves permettant de stocker la collection (plus de 1000 œuvres), un auditorium, des espaces pédagogiques, des résidences d’artistes, une librairie, un restaurant, etc.

Les espaces d’exposition se déploient comme une promenade. On passe insensiblement d’une salle à l’autre par une rampe, un promontoire, une cloison arrêtée. L’éclairage indirect baigne les espaces d’une lumière douce et régulière. L’accrochage n’est pas chronologique mais thématique, la collection ne se prêtant pas à un enchaînement historique.
Les œuvres qu’elle renferme sont des années soixante à nos jour. L’accrochage actuel correspond à une première proposition, un premier parcours. Il devrait être renouvelé régulièrement.
Le découpage est très ouvert, très souple et présenté comme tel. Rien de trop démonstratif ni de trop péremptoire, ce sont des choix, des options de regroupement des œuvres toujours discutables, et d’ailleurs discutés dans les salles, souvent joyeusement et sans a priori, avec curiosité et ouverture d’esprit, une convivialité qui, à en juger par ces premières journées d’ouverture, est de belle augure.

— Une première section est intitulée «Lumière!» On y voit se côtoyer des œuvres de Boltanski, Bury, Le Parc, Leccia, Leisgen, Morellet et Verjux. C’est la lumière dans tous ses états, photographiée, électrique, électromagnétique, cathodique, dans ses relations la représentation, l’apparition, l’éphémère, le fugace, le temps qui passe, etc.

— La deuxième section, sous le terme d’«Action !», regroupe Arnal, Barré, Bichaud, César, Favre, Jaccard, Jacquet, Moninot, Nikos, Rutault, Skoda, Soto, Soulages, Spoerri, Stämpfli, Takis, Tomasello et Varini. Parce que certaines œuvres induisent une participation, une relation au spectateur qui par son action, parfois son seul déplacement, déforme, remodèle, déclanche, restaure, modifie l’œuvre elle-même et sa perception.

— La troisième, «Les murs», permet de voir des œuvres de Bertrand, Hains, Raynaud et Villeglé. Ce sont ces œuvres qui s’imposent dans leur frontalité, qui se déploient à l’échelle du spectateur dans une verticalité franche et incontournable.

— La quatrième, «Paysages : intérieurs et extérieurs», réunit Bublex, Coindet, Debré, Dubuffet, Kuntzel, Lévèque, Moulin et Ohanian. Parce que la notion de paysage dans son évolution révèle bien des approches de notre environnement qui ne sont pas sans lien avec les sentiments intérieurs.

— La cinquième, «La vie moderne», avec Barbier, Benzaken, Bossut, Klasen, Marcel, Rancillac, Saul, Scurti, Télémaque, Toguo et Trouvé, révèle cette dimension à la fois narrative, fictionnelle et critique de l’art, qui se maintient dans les œuvres les plus contemporaines.

— La sixième, «Face au monde», avec Aillaud, Asse, Basserode, Buraglio, Dean, Erro, Farrell, Jorn, Kijno, Manessier et Pommereulle, montre à quel point les œuvres d’art ont cette capacité de témoigner avec acuité du monde dans sa lente et perpétuelle évolution.

— Enfin, la septième section «Exister», qui rassemble Belin, Closky, Cognée, Jouve, Lévèque, Messager, Orlan, Raysse, Reigl et Sala, permettra à chacun de se reconnaître dans des formes diverses et renouvelées de portraits contemporains.

A travers ces quelques sections plus enchevêtrées que juxtaposées, le visiteur sera surpris de découvrir ici, un musée qui ne se tourne pas vers l’histoire, le passé, ses classements, ses catégories et ses hiérarchies, mais plus volontiers vers notre temps et ses perspectives, un musée à la fois ouvert sur son environnement immédiat et dont les œuvres offrent un témoignage à la fois poétique et critique.

L’ouverture de ce musée est un succès. Un succès public du fait de sa fréquentation depuis les premiers jours de son ouverture. Un succès politique puisqu’il est l’aboutissement d’un projet et d’une volonté d’électeurs et d’élus, résolument convaincus de la nécessité d’inscrire l’art au cœur de la cité, dans une véritable et quotidienne proximité avec la vie.

C’est presque incongru de nos jours d’assister à un tel évènement, de constater l’aboutissement d’un tel projet nourri sans doute des utopies d’hier qui nous font tellement défaut aujourd’hui.
C’est aussi une réussite du point de vue humain, à en juger par le dynamisme et l’enthousiasme d’une équipe impliquée, qui déploie, depuis maintenant plusieurs années de gestation, une énergie peu fréquente et ceci dans tous ses secteurs de compétence. Citons, en particulier, le service des publics qui propose sous la forme d’un livret très complet de multiples approches de l’art actuel sous des formes parfaitement décloisonnées et résolument inventives. Une véritable référence dans le domaine!