DANSE | SPECTACLES

Outwitting the Devil

18 Fév - 18 Fév 2020
Vernissage le 18 Fév 2020

S’inspirer d’une œuvre littéraire du IIIe millénaire avant J.-C. pour aborder les rapports que l’humanité entretient avec la nature à l’heure de la crise environnementale contemporaine : voici le coup de force du chorégraphe Akran Khan dans son spectacle Outwitting the Devil.

Au cours des vingt dernières années, Akram Khan s’est imposé comme un danseur et chorégraphe incontournable sur les scènes britannique et mondiale. Londonien d’origine bangladaise, il mêle la danse contemporaine au kathak, danse traditionnelle originaire du nord de l’Inde. Après avoir chorégraphié près d’une trentaine de pièces – y compris la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Londres – il est revenu en 2019 avec deux spectacles : Xenos et Outwitting the Devil (Surpasser le diable).

Outwitting the Devil : une épopée sur le rapport de l’humanité à la nature

Le spectacle Outwitting the Devil a pour point de départ l’une des histoires les plus anciennes de l’humanité : la fameuse Epopée de Gilmagesh, écrite en Mésopotamie à la fin du IIIe millénaire avant J.C. Une tablette comprenant un fragment inédit de l’œuvre a été retrouvée en Irak en 2011, puis traduite de l’écriture cunéiforme en 2015. Le texte décrit une vaste et belle forêt de cèdres que découvrent au cours de leurs aventures Gilmagesh, le roi d’Uruk, et son compagnon de voyage Enkidu. Malgré l’éblouissement qu’elle produit en eux, ils décident de réduire à néant la forêt, après en avoir massacré le gardien.

Le récit de cette destruction sert d’intrigue à la pièce chorégraphiée par Akram Khan, qui le perçoit comme une métaphore du rapport de l’humanité à la nature, et comme un écho aux enjeux contemporains. Cet écho qui résonne à travers les millénaires pose les questions de la mémoire et de la transmission, voire de l’oubli et de la fragmentation des connaissances ancestrales.

Outwitting the Devil : le corps chorégraphié dans tous ses états

La scène est jonchée de blocs sombres qui la font ressembler à une cité en ruines. Au rythme de la musique électronique du compositeur italien Vincenzo Lamagna, six danseurs se meuvent, vêtus pour la plupart de simples costumes : torse nu et pantalons pour les quatre hommes ; robe à bretelle et jambes nues pour la femme. Seule la danseuse indienne Mythili Prakash se démarque par un sari traditionnelle jaune-orangé, pour représenter la déesse protectrice de la nature.

Les mouvements des danseurs en imposent par leur puissance et par leur expressivité. Effroi, douleur, haine, supplication apparaissent tour à tour sur les visages et dans les gestes des interprètes. Lorsqu’ils se battent, leurs corps sont triturés, torturés et tordus dans tous les sens, rappelant les deux combattants des Enfers représentés dans la peinture Dante et Virgil (1850) de William-Adolphe Bouguereau. La chorégraphie de Akram Khan montre ainsi des êtres en proie à des démons, mais aussi à leurs démons intérieurs.