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Striptease historique

18 Fév - 21 Mar 2021
Vernissage le 18 Fév 2021

Dans les années qui ont précédé mai 68, ORLAN a expérimenté la photographie de nu féminin. Celle qui se dit « artiste-putain » recherche alors son identité de jeune femme et de jeune artiste, dans un milieu marqué par la domination masculine et bourgeoise.

Fille d’une couturière et d’un « anarchiste-naturiste », la future ORLAN cherche très vite à s’affranchir des codes d’une société conservatrice. Elle publie à quinze ans un recueil de poèmes, et se photographie nue à dix-sept ans, dans la pose restée célèbre de ORLAN accouche d’elle-même : la moue boudeuse, sur ses draps de trousseau, un mannequin de plastique entre les jambes.

ORLAN. L’érotisme militant

De 1964 à 1967, ORLAN se met en scène, nue, dans des poses provocantes, ré-inventant l’histoire sociale et artistique de son siècle. Elle évoque les poupées d’Hans Bellmer dans des cages d’escalier sombres, à l’esthétique décadente, la naissance du cubisme, et directement Marcel Duchamp, dans son Nu descendant l’escalier en talons compensés, ainsi que le théâtre d’Antonin Arthaud par ses jeux d’ombres dansant avec les corps.

Elle se révolte donc contre les codes de classe et de genre, pour se ré-approprier le corps de la femme, alors objet de projection et de désirs. Mais elle accepte, non sans cynisme, les mêmes injonctions du monde de l’art. L’artiste donne son corps à voir et à juger, elle se vend, elle s’abandonne avec un plaisir voyeuriste. La toute jeune femme se moque, à l’aube de sa retentissante carrière, des avant-gardes vieillies et de leur pesant héritage.

ORLAN. Entre bordel et cathédrale

La période est marquée par le déclin du surréalisme, déshonoré, comme toutes les avant-gardes qui n’ont pas su se renouveler, par une nouvelle génération qui en détourne l’esprit. Le marché de l’art que provoque ORLAN est un monde de l’entre-soi masculin et bourgeois, aux fantasmes conservateurs et sans imagination.

La jeune artiste en joue : ses mises en scène témoignent d’une connaissance parfaite des codes de l’art religieux, et de l’influence esthétique des nouveaux réalistes et des surréalistes. Elle fait mieux que nier cet héritage, elle le détourne. Ses œuvres disent : « Ceci est mon corps », à l’heure où la femme reprend possession de son corps, de sa liberté, se ré-invente face aux diktats de classe et de genre.

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