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One for the Money, Two for the Show

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@12 Jan 2008

Stefan Nikolaev s’attaque frontalement à une question capitale, qui concerne à la fois la création artistique et les entreprises vouées à sa diffusion : celle de l’articulation, du rapport entre l’espace d’exposition, l’espace public et l’idéologie.

Difficile de parler des œuvres de Stefan Nikolaev sans évoquer le remodelage singulier auquel elles soumettent le lieu alentour, en d’autres termes, sans mentionner la métamorphose discrète et néanmoins radicale dont la galerie fait ici l’objet. Qu’elles endossent l’apparence du poster avec sa figuration rudimentaire et codifiée, ou du panneau d’information avec son schéma prescriptif, la plupart des pièces présentées tendent à connecter l’espace d’exposition sur un espace autrement familier : c’est en effet sur notre espace public, sur le déplacement de ses codes et de ses mises en scène, que l’œuvre paraît s’ériger. Concrètement, l’artiste importe la stratégie de communication en vigueur dans cet espace, laquelle fait du corps du promeneur une surface continûment bombardée par des signes — perspective peu optimiste, mais lucide.

Affiches, slogans ou musiques populaires peuplent l’ensemble de nos lieux publics, désormais gouvernés, ainsi qu’on le sait, par la publicité et l’idéologie. L’exposition dans son entier semble tourner autour de cette conversion historique de l’espace public, en particulier autour de la dégradation liée au passage d’un espace plus ou moins autonome dans lequel la voix de l’opinion publique était encore susceptible de résonner, vers l’espace publicitaire contemporain où, selon Daniel Bougnoux, l’identification ludique l’emporte sur la raison critique et où la liaison triviale stimulus-réponse se substitue au débat étalonné sur la vérité.
Stefan Nikolaev s’attaque frontalement à une question capitale, qui concerne à la fois la création artistique et les entreprises vouées à sa diffusion, en l’occurrence celle de l’articulation, du rapport entre l’espace d’exposition, l’espace public et l’idéologie.

Sitôt franchi le seuil, vous entrez en territoire non fumeur — voir la cigarette barrée de Poster, postérité, le motif étant repris et décliné Extra Light. Un peu à l’écart, une zone est cependant réservée à « l’autre » : située au fond d’un enclos obscur, Kool permet de contempler le visage en gros plan d’un individu livré à sa passion coupable, quoique l’objet du délit reste invisible (on voit les volutes de fumée, mais pas la cigarette).
Réflexion sur la ségrégation ordinaire : de façon symbolique, l’artiste applique à l’exposition les règles qui structurent l’espace public. Dialectique ironique : la cigarette Extra Light formée par l’assemblage des tubes de néons est, avant toute autre chose, hautement désirable — la lumière clignotante y insiste. Le schéma d’interdiction est corrélatif d’une séduction ostentatoire, même pas camouflée.

Placée dans un second enclos, The Screensaver / the Hardisk / the Diskreprend et explore, selon un mode assez burlesque, la question de l’impact des signes sur le corps… Enfermé dans une pièce presque vide, un personnage zappe sur des tubes des années 1970-80, autant de chansons dénaturées parce que proposées en version bulgare. Pour autant, ce personnage réagit spontanément aux injonctions musicales, entreprenant par exemple de grimper des murs jusqu’au plafond lorsqu’il entend « it’s just an illusion… » Explorant pas à pas le cube scénique, au gré d’une « américanité » diffuse, le corps détourne alors une chorégraphie spécifique — Fred Astaire, la comédie musicale hollywoodienne. Exode, appropriation, conversion et remise en circulation des signes.

Stefan Nikolaev
Poster, postérité, 2002. Affiche couleur (éd. Le Bleu du ciel, France). 173 x 120 cm.
Extra Light, 2003. Néons, supports en bois peint. 147 cm x 183 cm x 16 cm.
One for the Money, Two for the Show, 2003. Carte à gratter sous verre, cadre en bois. Diptyque : 46,5 cm x 62,5 cm chaque.
The Screensaver / the Hardisk / the Disk, 2003. Œuvre vidéo, DVD en boucle, 16’30 (avec la participation de Fabien Verschaere).
Kool, 2000. Installation vidéo, DVD en boucle. Dimensions variables.

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