LIVRES

Œuvre et Lieu

Des relations qui unissent œuvre et lieu, ou quand l’artiste inscrit délibérément son travail dans une géographie précise : œuvre in situ, commande publique, glissement vers l’architecture, invention du site (land art), scénarisation des monuments, etc. 9 essais pour éclairer mieux encore l’ensemble de ces pratiques.

— Auteurs : sous la direction d’Anne-Marie Charbonneaux et Norbert Hillaire : François Barré, Daniel Bougnoux, Augustin Berque, Christine Buci-Glucksman, Françoise Gaillard
— Éditeur : Paris, Flammarion
— Collection : La création contemporaine
— Année : 2002
— Format : 25,50 x 26 cm
— Illustrations : nombreuses, en couleurs et en noir et blanc
— Pages : 263
— Langue : français
— ISBN : 2-08-0110233
— Prix : 50 €

Introduction
par Anne-Marie Charbonneaux et Norbert Hillaire

Où et quand l’œuvre a-t-elle lieu ?

Poser cette question revient à ouvrir, telle une boîte de Pandore, tout le corpus philosophique, de Platon et Aristote jusqu’à Heidegger (« l’origine de l’œuvre d’art »), et au-delà.

Tenter de saisir le lieu de l’œuvre enjoint de poser la question des lieux de l’art, de ces hauts lieux et de ces non lieux du monde moderne, que les artistes n’ont eu de cesse d’interroger, de parcourir, pour mieux les retourner et tenter d’en révéler l’envers au noir — de Buren, Dan Graham et des artistes du land art jusqu’à Dennis Adams ou Tania Mouraud. Cette critique du modèle de la modernité n’est pas nouvelle : c’est pourquoi publier à nouveau un essai écrit en 1987 par Thierry de Duve sur ce sujet prend ici tout son sens, comme ancrage historique de la problématique.

Pourtant, cette question ancienne plus que jamais se pose au temps du virtuel et de l’ouverture spatiale et temporelle des lieux de l’œuvre, mais se pose en termes nouveaux. C’est l’une des raisons de ce livre : apporter sur un sujet largement balisé par la philosophie, la critique et la théorie de l’art, des éclairages susceptibles d’en enrichir la lecture et la formulation, éclairages fournis par certaines sciences qui sont en cours de formation, comme la médiologie (ou science des médias), ou qu’il faudrait réinventer, comme la mésologie (ou science des milieux).

Une autre raison tient à la prodigieuse diversité des réponses qu’apportent les artistes à la question du lieu. Manifestations éphémères à l’échelle d’une ville entière, développement de la commande publique, in situ et ex situ, art public et art public « communautaire », monument et antimonument : la situation actuelle est marquée par une grande hétérogénéité des propositions artistiques, diversité qu’il n’est pas possible d’enclore dans une totalité homogène, mais dont il fallait au moins témoigner.

Ces deux raisons n’en font qu’une dans l’espace de ce livre: ni théorie générale ni a exhaustive, cet ensemble d’essais et documents entend simplement accorder la richesse des formulations théoriques actuelles à la diversité des formules de l’œuvre et des figures du lieu.

(Texte publié avec l’aimable autorisation des éditions Flammarion)

Les auteurs
Anne-Marie Charbonneaux est collectionneur d’art contemporain. Elle a co-dirigé avec Norbert Hillaire Architecture de lumière — Vitraux d’artistes, 1975-2000 (Marval, 2000).
Norbert Hillaire est professeur d’histoire de l’art à l’université de Nice, à l’École supérieure d’Art d’Aix-en-Provence et membre du laboratoire de recherches Mediatec (médiations culturelles et technologies des communication). Il est également critique d’art, spécialiste des nouvelles technologies pour Art press.
François Barré est l’ancien directeur de l’Architecture et du Patrimoine au Ministère de la Culture.
Daniel Bougnoux est professeur à l’université de Grenoble, directeur des Cahiers de médiologie.
Augustin Berque est directeur du Centre de recherche sur le Japon contemporain.
Christine Buci-Glucksman est philosophe, professeur à l’université de Paris VIII.
Françoise Gaillard est philosophe, historienne de la modernité à l’université de Paris VII.