ART | EXPO

Odnajdy, il était une fois…

16 Mar - 30 Avr 2010
Vernissage le 16 Mar 2010

Alexeï Vassiliev a photographié la ville qu'il a quittée pour Paris, Moscou. Ces photos prises entre 1995 et 2002 ont fait naître l’idée de cette exposition. Ce sont des traces d’un temps révolu, des parcelles de son propre passé, des «miettes» de lui-même comme il les nommes.

Communiqué de presse
Alexeï Vassiliev
Odnajdy, il était une fois…

«Il était une fois un pays qui s’appelait l’Union Soviétique. Sa capitale, la ville où je suis né et où j’ai vécu, était Ma Ville. J’aimais Moskva pour sa beauté singulière. Elle était dure, tendue, crispée et audacieuse, perpétuellement épiée, sur le qui vive, menacée mais capable de toutes les ruses pour s’inventer sans cesse de fragiles îlots de liberté.

Ses façades centenaires décrépites, ses vitrines absurdes, ses églises à l’abandon, la mélancolie de ses arrière cours, la démesure de ses avenues vides, les queues partout et toujours, l’odeur du chou qui imprégnait le moindre recoin des appartements collectifs, puis des HLM khrouchtchéviens, le silence quotidien de la foule dans le décor somptueux et suffoquant du métro de Staline et tous ces lieux improbables qui abritaient nos nuits de bière, de vodka et de poissons salés ont tissé ma trame secrète.

C’est sûrement la raison pour laquelle il ne m’est jamais venu à l’esprit de photographier Moskva. Je la vivais, je la respirais, je la portais en moi. Puis a sonné l’heure de la glasnost et de la perestroïka. Tout a basculé, très vite. L’URSS a sombré. Je me souviens d’un grand magma, d’une effervescence infinie, d’illusions et d’angoisses, de désarroi et d’incrédulité. Il me semble que j’ai dû ressentir de la joie aussi, mais une joie paradoxale, amère. De toutes façons je n’avais pas vraiment le temps de disséquer mes sentiments. Personne n’avait le temps de le faire. Il fallait se raccrocher à n’importe quoi pour échapper au naufrage. Chacun pour soi.

Moskva s’est tout d’abord pétrifiée et soudain elle a mué de façon frénétique, voire même hystérique. Notre complicité s’est estompée et s’est éteinte. Je suis parti vivre en France sans avoir jamais photographié Ma Ville.

C’est Paris qui m’a appris à marcher sans but des jours entiers en seule compagnie d’un appareil photo. A Moscou je ne voyais plus rien, je ne voulais plus rien voir. Paris m’a rendu mon regard. Il ne m’a pas encore vraiment réconcilié avec Moskva mais il m’a permis de photographier Ma Ville lors de nos retrouvailles sporadiques. Ce sont ces photos prises entre 1995 et 2002 qui ont fait naître l’idée de cette exposition. Elles semblent appartenir à l’époque soviétique. Ce sont des traces d’un temps révolu, des parcelles de mon propre passé, des miettes de moi-même. Ce sont en fait des paysages mentaux comme le sont les photographies qui composent le second volet de l’exposition Il était une fois…. Ces photos sont nées à Beyrouth, Mexico, Paris, Londres, Aman, Jérusalem et Istanbul dans les mêmes années. Je ne les avais jamais dévoilées. Par pudeur, je crois…»