PHOTO | EXPO

Obia

20 Mai - 20 Juin 2015
Vernissage le 20 Mai 2015

A travers la série «Obia», le photographe Nicola Lo Calzo explore les relations entre les pratiques religieuses et la politique d’acculturation menée en Guyane française. Cette série s’inscrit dans le projet au long cours «Cham» consacré aux mémoires vivantes de la traite et de l’esclavage qui a connu de nombreuses étapes en Afrique, dans les Caraïbes et en Amérique.

Nicola Lo Calzo
Obia

L’underground railroad, le réseau clandestin qui aidait les esclaves fugitifs à échapper au sort que leur réservaient les propriétaires de plantations sudistes n’arriva jamais jusqu’en Guyane. Son terminus était la frontière du Canada où les nouveaux hommes libres étaient pris en charge par un réseau de solidarité.

En traversant le Brésil ou le Suriname, en fuyant les places fortes de la colonie en Guyane, les fugitifs ne disposaient pas d’un réseau d’entraide aussi sophistiqué que leurs cousins de l’autre Amérique. Leurs repères, montés comme des campements sauvages et provisoires qui allaient durer, rappellent l’utopie des quilombos du Brésil, où les «marrons» se regroupaient en une société nouvelle, comme autant de familles recomposées.

Le temps a passé et la sédentarisation se ressent dans l’organisation des choses. Dans cette manière de routine quotidienne. Pourtant la précarité de cet équilibre affleure à chaque image. Mais il s’agit d’une précarité qui ne dit pas son nom. Elle ne s’inscrit dans aucune configuration qui conduirait à éprouver de la compassion, bien au contraire. Le Brésil et l’Afrique ne sont pas loin. Dans le scintillement discret des couleurs, les compositions associent l’émeraude de la forêt aux rouges des tenues cérémonielles et à la couleur cendre de la fumée.

Ces moments sont décomposés et se déploient comme au ralenti. Nicola Lo Calzo les saisit comme la trame d’un film. On l’imagine à l’affût, comme un chasseur patient, traquant le geste, le mouvement, les variations d’un regard. Parfois, comme un clin d’œil, pour nous rappeler que malgré l’intemporalité du paysage et des êtres nous sommes bien au vingt-et-unième siècle, il ramène une preuve qui semble anachronique: un tee-shirt de Marylin, de jeunes gens en jeans, un microphone HF posé à côté d’un vase d’orchidées, et puis, un signe, subliminal: cette pietas fides imprimée sur un pagne commémoratif sur lequel des chaines brisées nous ramènent l’histoire.

La vérité, toutes les vérités s’abritent et se confondent dans les détails. Nicola Lo Calzo l’a bien compris. Le monde, ce monde végétal et liquide est le décor parfait dans lequel peuvent se dissoudre les êtres. Comme s’ils redoutaient encore que l’histoire ne se répète, ils semblent être prêts, à tout moment, à lever l’ancre vers de nouveaux ailleurs.

La rivière est là, interminable. Nicola Lo Calzo fait ici de la photographie de marron. C’est-à-dire qu’il s’inscrit dans une clandestinité fraternelle qui lui permet de se fondre dans le décor et d’en rapporter la quintessence de ce qui n’est pas visible à tous. Il a su donner un mouvement subtil à ce temps arrêté.