ART | CRITIQUE

Nobody and Soul

PEmmanuel Posnic
@12 Jan 2008

Illusion, désillusion, réalité ou miroir aux alouettes, sourire avant la catastrophe: l’art d’Olivier Babin tangue dans un entre-deux déstabilisant, interstice où il place le spectateur…

Au fait, comment ça va l’art? Justement parlons-en. Le constat n’est pas clair, le diagnostic mitigé. L’art va mi-figue mi-raisin, pas tout à fait malade, pas encore tout à fait d’aplomb.
L’art avance à la mesure de son siècle. Olivier Babin n’en tire pas de conclusions hâtives, il calque son travail sur ce constat, partagé entre une déprime traînante et un optimisme mesuré.
« Nobody and Soul », le titre de son exposition, confirme le malaise de la situation. Babin prend le chemin contraire du standard blues Body and Soul, corps et âme traduirions-nous, comme si l’exposition devait se vivre en retrait, sans passion, d’un œil désabusé pour une déambulation grise.

Pour preuve, un guide spirituel nous ouvre même les portes de l’exposition, toge et masque rouge, maintenant en lévitation une sorte de boule de cristal en pleine ébullition. Faut-il s’en remettre à l’esprit, aux forces occultes pour affronter la suite? Où est le salut et comment l’atteindre? Faut-il enfin traverser l’exposition en apesanteur comme pourrait le suggérer cette plante déracinée immobile dans l’air, première victime consentante du Path Finder, le portrait de ce guide d’une chapelle en toc.

Il en serait ainsi s’il n’y avait l’humour de l’artiste et sa capacité à retourner des situations de crise en plaisir cynique et corrompu. Son sens de l’absurde le pousse en outre à privilégier l’abondance dans son exposition. Non pas l’abondance d’objets, plutôt l’abondance de signes et de références au monde tel qu’il va.

Sur le mur du fond, l’artiste a accroché un smiley gigantesque, sorte de soleil flamboyant qui d’habitude porte sa bonne mine en bandoulière. Le voici au contraire figuré avec le sourire à l’envers, traînant sa peine alors même qu’à côté les cours de la bourse (en fait, la cote de Robert Rauschenberg sur le marché de l’art) semblent repartir en hausse.

L’art ne sait donc pas sur quel pied danser, peut-il d’ailleurs se permettre de danser ou même d’avancer? Une peau de banane l’attend, tapie au sol, stupéfiante imitation en bronze, prête à en découdre avec les plus optimistes.

Illusion, désillusion, réalité ou miroir aux alouettes, sourire avant la catastrophe : l’art d’Olivier Babin tangue dans un entre-deux déstabilisant. Il place le spectateur dans cet interstice sans même se laisser le temps d’installer une impression, la pièce d’à côté venant rompre le questionnement.

Dans ce magma intense qui cherche le récit sans en fixer les fondements, il reste des œuvres qui, isolées et justement hors du temps, livrent de beaux morceaux de poésie. Lonely Cobalt Key, un attaché-case ouvert sur de puissants néons bleus paraît être la pièce la plus à même de décrire un monde où la pépite, l’objet rare, se cache au cœur même de ce que nous possédons. Nobody but…soul.

Olivier Babin
Lonely Cobalt Key, 2005. Technique mixte. 44 x40 x 46,5 cm.
The Preservation of Favoured Races in the Struggle for Life, 2005. Acrylique sur toile. 36 x36 cm.
Durban Poison, 2005. Bronze peint. 27 x 37 x 27 cm (socle : 141,5 x 20 x 24 cm).
Pathfinder, 2005. Sérigraphie sur forex. 150 x 15 cm.
Slip Inside this House, 2005. Bronze peint. 8 x 15 x 25 cm.
You and Me Together Fighting for our Love, 2005. Plexiglas. 66 x 101 x 8 cm.
I’m too Sad to not Tell You, 2005. Peinture de carrosserie sur toile. Ø 200 cm.
Anytime, Anyplace, 2005. Liquitex sur toile. 6 éléments, 30 x 26 cm chaque.

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