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Nigel Rolfe

PPierre-Évariste Douaire
@12 Jan 2008

Nigel Rolfe présente les photographies qu’il a tirées de ses performances effectuées tout autour du monde depuis vingt ans. Les clichés sont réalisés en studio. Ces images sont recomposées après coup. La photographie ne rejoue rien, elle compose une nouvelle identité à ces actions passées.

Nigel Rolfe présente les photographies qu’il a tirées de ses performances effectuées tout autour du monde depuis vingt ans. Les clichés sont réalisés en studio, tous les soins sont apportés pour en faire des œuvres construites, entières et autonomes. A la manière des études anatomiques d’un Lebrun, il dresse un bestiaire et des manières de voir et de faire. Les variantes se déclinent autour de la main qui serre, capture, s’ouvre, se panse ou se recueille.

En diptyque ou en triptyque, il se focalise sur des mains qui ferment le poing ou qui s’ouvrent. Dans une pénombre de studio, les doigts découpent le noir tel des ciseaux. Les lignes de vie sont des destins qui se mêlent dans les méandres d’un clair-obscur convenu. Malgré un éclairage conventionnel un langage des signes apparaît, un langage des sourds-muets voit le jour.

Cet idiome est parlé par un plasticien. Il s’agit d’une langue éteinte qui peine à trouver son auditoire. Les oreilles ne sont pas nécessaires pour découvrir ce que cache ces circonvolutions. L’élégance des gestes est à rapprocher des petits carnets que l’on donne pour apprendre la langue des sourds-muets.

Les images fabriquées suivent le même cheminement, la même logique que ces notices dessinées d’un trait assuré et réglementaire. La ligne est pure, elle est proche de celle de la réclame. Les images sont analogues aux modes d’emplois que l’on trouve dans les explications des meubles à monter en kit. Les tournevis, les écrous, les visseries, les clefs, les rondelles sont remplacés par des mains, des oiseaux, de la poussière, des pigments, des bandages, de la couleur et de la lumière.

La logique des photographies est tout autre, elle est proche d’une narration à la Marey, à la Muybridge. Les tirages disposées chronologiquement expliquent les processus des performances. Ces couples, ces trios d’images fonctionnent comme des vidéos par défaut. Ils sont des palliatifs d’expériences filmées. Plus que des photos, ce sont des vidéogrammes, des séquences de vidéo.

Mais ces images ne sont pas prises au moment de l’action, elles sont recomposées après coup. La photographie ne vient rien rejouer, elle compose une autre identité à ces actions. De l’instant passé et de ses enjeux performatifs et politiques il ne reste rien. Difficile de comprendre, de saisir ce qui a été mis en jeu dans ces précédentes performances théâtrales.
Les engagements de cet artiste britannique né sur l’île de White et vivant depuis plus de vingt ans en Irlande, ne sont pas visibles sur cette fine pellicule glacée. Les tirages sont maniérés et parlent plusieurs langues. Les non-initiés se rabattront sur l’ordonnancement des couleurs et des lumières.

Par cette mise en scène l’artiste semble nous apprendre que la photographie survient toujours après coup. Plus qu’un instrument d’enregistrement, la fabuleuse boîte noire est un caisson de production. L’objectif n’est jamais passif mais discursif. Les intentions ne sont jamais des “instants décisifs” mais des instants décidés.

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