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New Works

PNicolas Bauche
@12 Jan 2008

Pae White façonne nos intérieurs sur le modèle d’un jardin suspendu où les luminaires sont des grappes végétales. Mais pour s’installer dans nos murs, la faune et la flore sont réduites à une seule dimension : le tridimensionnel joue avec l’unidimensionnel.

Quand l’art entre dans la maison et donne ses lettres de noblesse à la décoration d’intérieur… Pae White, l’artiste californienne, ouvre la saison chez Ghislaine Hussenot avec une exposition doublement intitulée New Works (peut-on faire titre plus précis ?) et Bazar (aux deux «a» inversés, révulsés).

Les œuvres sont disséminées dans cette galerie aux allures de loft et livrées sans aucune autre forme de procès. Ni titre ni document susceptibles de créer un quelconque parcours préétabli. Un bonheur !
On musarde au gré de nos coups d’œil, libéré du sérieux des sacro-saints lieux d’artiste. L’architecture de la galerie est même détournée pour faire de cet espace le prototype du joyau de l’immobilier que s’arrachent les bobos sur la place parisienne : une hauteur de plafond inouïe et une mezzanine. Il faut avoir une sacrée dose d’esprit pour jouer la carte de l’humour à ce point en rendant grâce au travail brillant de White.

On retrouve ce qui a fait la réputation de la plasticienne, ses jeux sur les collages, son intérêt pour le mobilier et les couleurs «flashy». Mais depuis Birds and Ships (2001) à Berlin, ses installations sont comme décharnées. Moins monumentaux, ses collages suspendus à des fils de nylon — tout au plus cinq ou six ensembles — occupent un coin du rez-de-chaussée où s’étale un tapis. Tout concorde à mimer le foyer, l’espace intime où les Bazars modernes ont fait pénétrer le design contre espèces sonnantes et trébuchantes.

Mais derrière le pied de nez de l’accrochage, White montre une fascination pour la nature. Ses découpages prennent les traits d’oiseaux, d’araignées, reproduisent la végétation. Le tapis, éternelle métaphore du plan d’eau, reflète un ciel absent dont les couleurs fantaisistes allient le gris aux couleurs préférées de White : l’orange sanguin et le bleu. S’y mirent, dans les fils laineux, des drapées à la Léonard de Vinci. Un hommage implicite ?

La chasse à la couleur se double d’un travail sur la transparence : des briques de verre soufflé, sorte de vases fermés, longent l’arête d’un mur et le rythme d’un dégradé phosphorent du orange au jaune.

Le jeu sur l’ameublement a lieu au-dessus, dans cette mezzanine-chambre à coucher. Et encore… Plus qu’à travailler sur le corps des meubles, Pae White s’approprie l’espace en installant ses œuvres poétiques. Du lit qui trône sur la mezzanine, on ne voit que la couverture, réplique plus grisée du tapis. Des lustres baroques frôlent le sol, comme fatigués d’une surcharge et offrent aux visiteurs les bulbes lumineux de leurs ampoules, fleurs artificielles de ces végétaux électriques. Parmi ces suspensions, une cage a la beauté presque irréelle, tant elle semble tricotée par les insectes. A l’intérieur, un oiseau de papier, d’une seule dimension.

Pae White façonne nos intérieurs sur le modèle d’un jardin suspendu où les luminaires sont des grappes végétales. Mais pour s’installer dans nos murs, la faune et la flore sont réduites à une seule dimension. C’est là toute la force créative des New Works de Pae White, faire jouer le tridimensionnel avec l’unidimensionnel. Le passage de l’un à l’autre est porté au niveau d’une licence poétique. L’idée n’est pas neuve dans l’histoire de l’art mais le design, à force de s’épurer, oublie parfois que l’on n’échappe jamais tout à fait à ce qui nous entoure. La nature comme retour du refoulé…

Pae White
French Foil Blue, 2005. Tapis de sol. 3 x 10 m.
« S » is for snake, 2005. Cinq mobiles en papier. Dimensions variables.
Creamsicle, 2005. Soixante-quinze briques oranges. Dimensions variables.
Fireflies (bazar in a jar), 2005. Fil électroluminescent et batteries. Diamètre : 10 m.
Fireflies (blue squiggle), 2005. Fil électroluminescent. Diamètre : 10 cm.
Fireflies (title triad), 2005. Fil électroluminescent et batteries. Diamètre : 20 cm.
Chemin de fer, 2005. Soixante-quinze briques bleues. Dimensions variable.
Dove gray piece, 2005. Lustre. Diamètre : 132 cm.
Rumpled bed, 2005. Couvre-lit en coton et polyester. 3 m x 3 m.
Charcoal piece, 2003. Lustre peint. Diamètre : 107 cm.
Mint piece, 2003. Lustre peint. Diamètre : 107 x 213 cm.
Cartoon blue piece, 2003. Lustre peint. Diamètre : 107 cm.
Summer 05 webs #1, 2005. Toiles d’araignées et papier mylar. 65 cm x 95 cm.
Summer 05 webs #2, 2005. Toiles d’araignées et papier mylar rose. 65 cm x 95 cm.
Summer 05 webs #3, 2005. Toiles d’araignées et papier mylar bleu. 65 cm x 95 cm.
Summer 05 webs #4, 2005. Toiles d’araignées et papier mylar vert. 65 cm x 95 cm.
Summer 05 double webs #1, 2005. Installation. 65 cm x 95 cm x 1 cm.
Summer 05 double webs #2, 2005. Installation. 65 cm x 95 cm x 1 cm.
Summer 05 double webs #3, 2005. Installation. 65 cm x 95 cm x 1 cm.
La nuit, etc., 2005. Cage à oiseau. 61 x 61 x 45 cm.
Placeholders, 1 – 7, 2000-2005. Sept glaces sphériques de différentes provenances (Davis, San Francisco, South Pasadena, Los Angeles, New York, Napa, Santa Barbara). Diamètre : 10 cm.

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