PHOTO | CRITIQUE

New Work

PMuriel Denet
@12 Jan 2008

Six tableaux photographiques liés par un réseau de discrètes correspondances aboutissant à la « documentation rapprochée » d’un monde en proie à une re-naturalisation rampante, en marge et au cœur même de la ville américaine.

Jeff Wall présente ses derniers travaux chez Marian Goodman : une série de six tableaux photographiques, dont quatre de très grand format.
De l’aveu même de l’artiste, ils n’ont pas été conçus pour composer un ensemble. L’agencement s’est imposé après coup.
Toujours selon Wall, des similarités sont à l’origine de ce rapprochement, qui procèdent de ce qu’il nomme la « documentation rapprochée ». Soit un processus de construction visuelle qui tend à restituer, au plus près et au plus juste, des expériences vécues par l’artiste.

Les images ici réunies, de prime abord disparates, dans leurs formes et leurs thématiques, tissent entre elles un réseau de discrètes correspondances. Un monde émerge, contaminé, gangrené, en marge, au cœur même de la ville américaine, qui semble en proie à une re-naturalisation rampante.

Des roches, traces minérales de paysages anciens, trouent le bitume des trottoirs ; une végétation proliférante déborde des friches grillagées, dégouline jusque des entre-deux incertains, et glauques, où se réfugient les laissés-pour-compte du monde-machine. Le bois redevient combustible de survie. Des nomades en meute, qui ploient sous la charge de sacs et de valises, transitent dans les déserts bétonnés des zones industrielles.
Autant de projections possibles, plus ou moins fictionnelles, sur ces natures mortes, ces paysages urbains, et ces scènes de la vie quotidienne, figés sur un instant apparemment quelconque, énigmatiques à force d’être banals.

Une incertitude supplémentaire saisit le spectateur face à ces espaces inhabitables : il vacille, cerné par un accrochage qui alterne les puits sombres, et veloutés, d’un noir et blanc qui obture le réel, et l’infinie transparence acérée des caissons lumineux, qui traverse le regard. Des New Works qui s’inscrivent donc pleinement dans la continuité de l’œuvre de Jeff Wall, peintre émérite de la vie moderne, et qui affichent, une fois encore, une force plastique rare.

Jeff Wall
Logs, 2002. Photo noir et blanc. 180 x 221,40 cm.
Cuttings, 2001. Ektachrome, caisson lumineux, tubes fluorescents. 120 x 149,90 cm.
Forest, 2001. Photo noir et blanc. 250 x 320 cm.
Overpass, 2001. Ektachrome, caisson lumineux, tubes fluorescents. 230 x 300 cm.
Dawn, 2001. Ektachrome, caisson lumineux, tubes fluorescents. 230 x 300 cm.
Night, 2001. Photo noir et blanc. 250 x 320 cm.