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New Walls

PBarbara Le Maître
@12 Jan 2008

Louise Lawler ne photographie pas, elle ressaisit photographiquement des images faites par d’autres. Du geste de reprise et du changement de support, de matière, de format ou encore de cadrage des images premières, émergent des configurations plastiques inédites.

Force est de constater que, d’une certaine façon, Louise Lawler ne photographie pas : elle re-photographie, ressaisit des images faites par d’autres — tantôt picturales, tantôt photographiques, mais toujours suffisamment ancrées dans notre culture visuelle pour que d’inéluctables coupures et autres recadrages n’annulent pas complètement la référence. Du geste de reprise et, davantage, du changement de support, de matière, de format ou encore de cadrage des images premières, émergent sans aucun doute des configurations plastiques inédites.
Précisons que ces configurations s’instituent peu ou prou sur le dos du référent, puisque celui-ci est transformé en simple fragment, élément agencé avec d’autres au sein de compositions qui le débordent.

Selon toute apparence, le transfert d’image n’a pas précisément vocation à l’analyse, à l’exploration ou au dépli du référent (comme cela se rencontre à foison dans le domaine du cinéma, expérimental ou non), pas plus qu’il ne se propose de réactualiser l’ancienne stratégie d’imitation en vigueur dans bon nombre d’ateliers de grands peintres. Pour le dire de façon un peu brutale, l’enjeu d’un tel geste semble d’ordre théorique bien plus qu’herméneutique ou poétique : il n’interroge pas l’image-source en tant que telle, ne revient pas sur le processus de sa fabrication, ne semble guère plus engagé dans une opération d’archivage, mais soulève bien plutôt la question, fondamentale, de l’économie des images à l’ère de la reproduction.

Qu’est-ce que cela veut dire ? Les œuvres re-photographiées le sont dans des musées, des hôtels de vente ou des collections particulières… Aussi, ce qui est enregistré n’est pas tant l’image que l’image en certains lieux où, provisoirement, elle s’installe — là, le lieu dans lequel elle est exposée au regard collectif, ailleurs, le lieu auquel elle appartient de façon plus intime. Ce que Louise Lawler consigne via la photographie, ce sont autant de moments, autant d’étapes dans la circulation générale des images de l’art. En sorte qu’il ne s’agit pas tant, au final, de s’approprier les œuvres convoquées, que de rendre compte du double mouvement d’acquisition (au sens large) et de redistribution dans lequel elles sont prises.

# 473 At a time like this, 2001-2002. Impression digitale cibachrome.
# 474 Plato, 2001-2002. Photo.
# 475 Ink/Paint/Pencil, 2001-2002. Impression digitale cibachrome.
# 476 September 13, 2001. Impression digitale cibachrome.
# 479 (Sunset) Wall, 2001-2003. Impression digitale cibachrome.
# 487 Drop Bush not bombs, 2001-2003. Impression digitale cibachrome.
# 481 War is terror, 2003. Cibachrome.
# 488 Cheminée, 2003. Cibachrome.
# 489 There is no portrait of Dante, 2003. Dyptique photo noir et blanc.
# 492 Baudelaire, 2001-2003. Impression digitale cibachrome.