ART | EXPO

Nettoyer la forêt

21 Avr - 15 Juil 2012
Vernissage le 21 Avr 2012

Caractérisé par un sens de l'absurde poétique et mélancolique, le travail de Michael Sailstorfer peut être défini comme une entreprise de conceptualisation de l'espace. Selon une vision élargie de l'art, l'artiste utilise des matériaux issus de son environnement immédiat, dont il exacerbe notamment les qualités sonores, lumineuses et olfactives.

Michael Sailstorfer
Nettoyer la forêt

Pour la première exposition de l’artiste allemand Michael Sailstorfer dans une institution française, le Frac Haute-Normandie a souhaité rassembler un corpus d’oeuvres témoignant des diverses facettes de son travail depuis ses années d’études à Munich en 2000 jusqu’à aujourd’hui. Intitulée «Nettoyer la forêt», en référence à l’oeuvre éponyme Waldputz, cette monographie prend donc pour point d’appui une oeuvre de «jeunesse» que l’artiste considère aujourd’hui comme son premier travail artistique.

En tant qu’intervention discrète réalisée en extérieur, Waldputz (nettoyage de forêt) concentre en effet un certain nombre des ses principales préoccupations artistiques. Avec un certain pragmatisme, le titre évoque une préoccupation récurrente chez l’artiste natif de Bavière: la collusion entre nature et culture. Ce travail révèle avant tout, et non sans humour, une problématique centrale de son travail: repenser la notion de sculpture en l’inscrivant de manière élargie et détournée dans l’espace.

Par son travail, Michael Sailstorfer reconsidère la sculpture en opérant de diverses manières: en employant des produits manufacturés (pneus, sèche cheveux, microphone, voiture..), en détournant des artefacts (cordes en aluminium, radiateur en céramique, ampoule en silicone…), en fabriquant des «machines», en concevant des structures qu’il active ou installe.

Par delà la forme volontairement ordinaire de ses réalisations, l’artiste met en avant des processus de fabrication ou de destruction, mais également les transformations qui en résultent, comme des effets de résonance, de démultiplication, de réverbérations… À travers ses fabrications, l’artiste cherche en effet à éprouver mentalement et physiquement les lieux sur lesquels il intervient. Par le caractère commun de ces fabrications et son intérêt pour l’exploration des processus de cause à effets, ses travaux pourraient être rapprochés à la fois de ceux de Tinguely, de Roman Signer ou de Fischli et Weiss. Michael Sailstorfer fabrique donc des objets mais aussi des installations, entre ballets mécaniques et machines solitaires, qui se déploient, s’activent et se consument sans autre fin ni utilité que de révéler avec une efficacité presque absurde un univers poétique parfois mélancolique, mais aussi souvent critique, qui émane du mécanisme en action.
Véronique Souben

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