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Netsuke Series

PPierre-Évariste Douaire
@12 Jan 2008

Des putes en stuc, des polaraoïds en guise de trou de serrure, "Netsuke Series" dresse le portrait de poupées érotiques, véritables Toy sex pour les yeux et les sens. En forme de dido, ces petites geishas sont photographiques autant que pornographiques, elles font évoluer le genre instauré par Bellmer et Brassaï.

La nouvelle série de David Levinthal est la suite logique de « XXX ». Reprenant ses thèmes de prédilection, le photographe américain distille au format polaroïd des scènes érotiques. Avec une attention portée sur les couleurs chaudes, le tout rehaussé de stuc et de cambrures, et avec des dimensions à peine plus grandes que le trou d’une serrure, les images qu’ils nous donne développent notre concupiscence autant que notre voyeurisme. L’ambiance sent les parfums défendus, mais les chairs sont d’ivoires, car les modèles photographiés sont de petites figurines japonaises en résine. La facture est lisse et le thème polisson.

Les estampes japonaises par leur planéité ont fait basculer l’histoire de l’art dans la modernité à la fin du XIXe siècle. Les Impressionnistes, grands collectionneurs et grands découvreurs de cet art extrême-oriental, se sont servis de ces recherches graphiques pour mettre fin au règne de la perspective. Ici la référence est moins formelle que grivoise. Les images manipulées sont utilisées pour leurs charges évocatrices.

Cette couleur d’alcôve que l’on retrouve sur ce papier à émulsion chimique provoque chez le spectateur des réactions physiques. L’alternance des dominantes rouges et jaunes favorise la suavité et les plaisirs démodés d’un autre temps. Maison close, quartier rouge, geisha, massage sont les échos à un passé révolu, ou à un exotisme moderne de pacotille.
Aujourd’hui l’érotisme n’est plus caché, il ne se drape plus des convenances bourgeoises, il s’organise désormais par charter, des tours opérators spécialisés proposent des destinations interlopes. Le sexe se délocalise, il s’atomise sur internet, devient virtuel autant que délocalisé. Entre safe-sex (sida oblige) et orgie à prix cassé dans pays émergents, David Levinthal reformule le bréviaire érotique de notre temps. Il parvient à renouer avec l’imagerie d’antan, l’estampe vendue sous le manteau, son œil est photographique, Bataille bien sûr. Mais si on peut le rapprocher du passé, il n’en demeure pas moins ultra moderne.

La photographie érotique de mannequins est marquée du sceau de Bellmer, mais les poupées que Levinthal photographie depuis le début les années 1970 sont contemporaines, elles nous parlent car elles reflètent nos désirs d’enfance, elles parlent de notre œdipe, et aussi de la place qu’ont pris les jouets dans notre société. Du soldat de plomb il est passé tout naturellement à la poupée. Modern Romance, au début des années 1980, se réfère à Edward Hopper. Une décennie plus tard, ses lolitas sont devenues des poupées gonflables de sex shop et donnent le titre à la série « Desire ». En l’an 2000, « XXX », sa première exposition personnelle à la galerie Xippas, interroge le corps clôné, mutant, ce corps de cire figé dans l’ère numérique.

Vargas est le peintre des pin-ups, les célèbres Vargas’Girls, ces magnifiques vamps peintes sur les nez des forteresses volantes de la Seconde Guerre mondiale, elles étaient de véritables pendants aux sirènes des proues des navires. Levinthal, même s’il ne contribue pas à l’instauration d’un genre, participe à l’évolution de la représentation de la femme dans l’art. Les figurines de « Netsuke » sont phalliques comme le sont les culs qu’aime à éclairer Brassaï, elles sont rehaussées de couleur comme les clichés peints par Bellmer. Levinthal prolonge les maîtres du passé, mais loin du Surréalisme il opte pour des poupées transgéniques, genre Silicone Valley.

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