DESIGN | OBJET

Glass

Avec le projet Glass (Glass I et Glass II, notamment), Neri Oxman et le Mediated Matter Group ouvrent une brèche dans la technologie verrière. Celle de l'impression 3D. Si les objets produits fascinent avec leurs jeux de lumières, la technologique employée n'en est pas moins remarquable.

Entre minéral et produit typiquement artificiel, le verre accompagne l’aventure humaine depuis au moins cent-mille ans. Mais derrière cette appellation générique de ‘verre’ se cache une multitude de matières, techniques et caractéristiques. Dans ce sillage, le projet Glass (2015 – en cours), du Mediated Matter Group et Neri Oxman (MIT Media Lab) ouvre une nouvelle voie dans la technologie verrière : celle de l’impression 3D. Projet en cours, Glass I (2015) avait pour résultante des objets d’une trentaine de centimètres de diamètre. Tandis que Glass II (2017) livre déjà des pièces d’envergure architecturale. Et ce, à l’aune d’une méthode nommée Additive Manufacturing of Optically Transparent Glass (brevetée en 2014). Ce qui pourrait se traduire par Fabrication additive de verre optiquement transparent. Si les résultats de Glass I sont d’une beauté fascinante, la technologie à l’œuvre mérite peut-être davantage d’attention encore. Car sa précision représente une révolution dans la technologie verrière.

L’impression 3D : une nouvelle étape dans l’histoire de la fabrication du verre

Les premiers objets taillés en verre ont quelque chose comme cent-mille ans. Ils sont en obsidienne — un verre naturellement produit par les volcans. La synthèse artificielle du verre débute pour sa part vers deux-mille-cinq-cents ans avant notre ère, en Mésopotamie et Égypte ancienne. Le verre est d’abord moulé ; il est plutôt opaque. Il devient progressivement transparent et coloré. Vers le troisième siècle avant notre ère se développe la technique du soufflage par canne. Matériau précieux, les maîtres verriers vénitiens du Moyen Âge tardif (1300-1500) veillent scrupuleusement sur leurs secrets de fabrication. Tandis qu’avec la modernité et l’industrialisation, le verre devient une composante architecturale majeure. L’ancêtre de Saint-Gobain, la Manufacture royale de glaces de miroirs, naît ainsi en 1665. Les maisons s’aèrent de fenêtres, jusqu’au XXe siècle, avec ses immenses tours de verre et d’acier. Avec le XXIe siècle s’ajoute une nouvelle approche : l’impression 3D.

Glass du Mediated Matter Group et Neri Oxman : le G3DP, des objets à l’architecture

Les objets du projet Glass I ont ainsi été imprimés en 3D. Le G3DP [Glass 3D Printing] mobilise une sorte de cartouche chauffante contenant du verre en fusion — à plus de mille degrés Celsius. Le verre fondu passe ensuite par un tube en composite d’aluminium-zircon-silice. Il est déposé par couches au sein d’une chambre chauffante, où il est alors recuit. Le G3DP et son successeur, le G3DP2 (pour Glass II), permet ainsi de moduler avec précision les propriétés géométriques et optiques du verre imprimé. En faisant varier les paramètres de forme, transparence, couleur. Lesquels modifient les caractéristiques de transmission de la lumière, ainsi que les coefficients de réflexion et réfraction. Éclairées, les pièces de Glass I produisent de fascinantes caustiques. Projetant ainsi autour d’elles comme une dentelle lumineuse. Pour une technologie verrière en cours de développement et d’expansion, comme la promesse de nouvelles architectures de verre. À suivre.