ART | EXPO

Ne me touche pas

02 Mar - 05 Mai 2012
Vernissage le 01 Mar 2012

Cette exposition marque un tournant dans la carrière de Natacha Lesueur. L'artiste invente un monde éminemment inscrit dans l'époque mais qui appartient aussi à la longue durée de l'histoire. Dans sa tentative continuelle de redonner une matérialité à l’image, elle réaffirme que c’est dans le réel que se trouve le merveilleux et non pas de l’autre côté du miroir.

Natacha Lesueur
Ne me touche pas

Depuis 2009, Natacha Lesueur a engagé une collaboration avec un même modèle, une femme d’une quarantaine d’années, qui s’est trouvée enceinte au moment des prises de vue. Avec elle, Natacha Lesueur a entrepris de revisiter la figure de Carmen Miranda, une actrice d’origine brésilienne dont Hollywood fit dans les années 1940 le «prototype» d’un exotisme caricatural, à la mesure des desseins expansionnistes américains qui passaient toujours par la normalisation de l’autre (en l’espèce, la femme sud-américaine, de couleur).

En superposant ses propres fantasmagories costumières et scéniques aux imageries qu’a léguées la carrière cinématographique de cette actrice et chanteuse, Lesueur a réalisé l’une de ses séries d’images les plus audacieuses: la Femme — jusque dans sa fonction de mère — semble devoir apparaître au travers de toute la fanfreluche grotesque et absurde que les fonctions sociales les plus diverses ne cessent d’inventer, l’affublant de leurs désirs et idées baroques… Bien entendu, l’artiste est complice du forfait, puisque l’art lui-même est l’une de ces fonctions. Ce qui n’est pas un motif pour l’accabler: avec un sens suprême de la dérision et une jubilation qui ne doit pas occulter la précision de ses dispositifs, Natacha Lesueur parvient à radicalement «déconstruire» ces parures dont le corps vivant est recouvert. Carmen Miranda est celle qui doit de nouveau être regardée, mais avec l’oeil de l’art, c’est-à-dire comme une abstraction, une icône — ou plus exactement une série d’icônes — née au milieu même de l’exagération «pourrie».

Au final, il ne s’agit plus de Carmen Miranda, mais de l’étonnement que procurent ces images, riches de sentiments et d’interrogations sur leur «être féminin» qu’une artiste et son modèle ont su faire naître par leur rencontre, et dont le spectateur est à son tour libre de disposer.
Emmanuel Latreille