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Natures mortes, Mono tachi

27 Mar - 15 Mai 2010
Vernissage le 27 Mar 2010

Bernard Plossu, photographe du voyage mais aussi de l'objet, d'une composition sure et élégante des volumes, a souhaité exposer ses «Natures mortes» au côté d'un autre photographe qu'il admire, un maître dans l'art de capter les objets: Shoji Ueda.

Bernard Plossu, Shoji Ueda
Natures mortes, Mono tachi

Bernard Plossu, photographe du voyage, de la marche à pied, des paysages et des villes, du «hasard photographique», de l’imprévu et de l’entrevu… est aussi un photographe de l’objet, d’une composition sure et élégante des volumes, des gris, des lumières, pour la seule jouissance de la forme.

Cet aspect formaliste de son travail n’est pas en contradiction avec le sentiment existentiel qui prédomine dans l’oeuvre de Plossu: cet «être au monde» qu’il traque dans les interstices du temps et de la vision, cette évidence soudaine de l’image piégée par un coup d’oeil, on la retrouve aussi dans ses photos d’objets, dans la vibration de présence qui en émane.

«Natures mortes» c’est ainsi qu’il nomme, simplement, les photographies rassemblées au fil du temps dans une boîte qui porte ce nom. Pour accueillir Bernard Plossu à la galerie (nous le représentons dorénavant), nous avons décidé d’ouvrir la «boîte Nature mortes» et de montrer ces images… Et à cette occasion, puisque Plossu est un amateur passionné des photographies des autres, un tisseur de liens, et un grand admirateur de Shoji Ueda, nous avons suivi son enthousiasme et rassemblé quelques natures mortes du maître japonais, qui avait un grand intérêt pour le monde des objets, un monde plein de surprises selon lui…

Shoji Ueda a en effet identifié une partie de son travail sous le titre de «Mono tachi» formé de «Mono» qui signifie «objet», auquel est accolé le suffixe «tachi» qui signale le pluriel des noms communs de personnes (par exemple «Onna», «femme» et «Onna tachi», «les femmes»). En appliquant, d’une manière un peu enfantine et comique, ce pluriel de personne aux objets, Ueda fait un anthropomorphisme et suggère leur condition imaginaire d’êtres vivants. Ueda a aimé photographier des objets du quotidien de la campagne japonaise, qui, sous son regard, prennent des allures de sculptures naïves. Il a aussi pratiqué une forme de collage visuel en inscrivant un objet dans un paysage, jouant sur l’échelle ou l’association poétique, comme il a pu le faire avec des personnages dans la fameuse série des dunes.

Ueda était une sorte de collectionneurs d’objets modestes: coquillages, babioles, souvenirs de voyages, jouets et, à partir des années 80, il passait beaucoup de temps à assembler sur sa table de travail des natures mortes surréalisantes composées de cette «ménagerie» de petits êtres. Les deux univers sont dissemblables et leur rapprochement est avant tout «amoureux», mais on peut voir la légèreté, l’humour, l’attention aux détails du quotidien, de ces deux regards, se condenser en des petits bijoux de poésie.

La différence se situe peut-être dans la mise en scène dont joue Ueda et que Plossu ne se permet pas. Le dialogue au monde de ces deux artistes est celui d’un regardeur passionné qui engrange (Plossu) et d’un imaginatif amusé par les glissements de sens, les association d’idées, les rencontres, fortuites ou provoquées, d’objets, de paysages, de personnages (Ueda).