ART | EXPO

Nadine, Michel et Michel

01 Fév - 15 Mar 2014
Vernissage le 31 Jan 2014

L’imaginaire des performances de ce duo d'artistes est extrêmement construit. Chacune de leur exposition multiplie l’expérience des langages: oral, écrit et filmé. Outre la performance qui est au cœur du dispositif, le jeu de piste se poursuit à travers la projection d'une séquence de leur prochain film, Un passage d’eau.

Louise Hervé & Chloé Maillet
Nadine, Michel et Michel

Pour ces surdouées du déguisement, conscientes que la parole publique est immédiatement théâtrale et qu’un simple accessoire peut faciliter les voyages dans le temps, les performances ont vite joué leur rôle dans la préparation ou l’extension de films bricolés qu’elles réalisent depuis plusieurs années et dont le genre varie inlassablement.

L’exposition «Nadine, Michel et Michel» est comme un seul livre, à l’intérieur duquel de petites cellules successives indiquent une expérience différentielle des langages (oral, écrit, filmé). Elle semble aussi agir comme un film qui montre un dispatching dynamique et perpétuel, vers un sens qui lui-même n’est jamais définitif. D’abord, le visiteur sait avant même d’ouvrir la porte, ce qu’il en est. Disons qu’il n’a plus qu’à tirer le fil. Les artistes s’adressent à lui, à travers un texte lisible sur la vitrine, lui indiquant de façon claire et simple que le récit se déplace. Ce texte s’adresse également aux trois personnes qui vont tour à tour, le temps de l’exposition, incarner les récits qui leur auront été transmis au préalable.

Nadine, Michel et Michel sont des archéologues subaquatiques et leur mission est d’incarner trois scripts différents grâce auxquels ils peuvent prétendre créer des variations et imposer un sens de plus en plus fort au sein d’une suite tout aussi mobile de fragments syntagmatiques. La performance se répétera, mais sera de courte durée.

La consultation d’ouvrages réalisés par les artistes durera le temps que chacun voudra bien y mettre. Et pour adopter, à leur manière, la nature profondément métonymique du cinéma, le jeu de piste se poursuivra à travers la projection d’une séquence de leur prochain film, Un passage d’eau, échappant ainsi à l’épanouissement d’une mise en scène fluide et continue, pour privilégier un montage qui tient compte de la globalité de l’exposition.

Cette fois, nos deux amatrices de cinéma, rats de bibliothèque et mordues d’enquêtes de terrain, relient leurs dernières obsessions (les bienfaits de l’eau de source et la vie éternelle des hommes-poissons) à un réseau de lieux, de faits historiques et de films marginaux. De même que ce duo d’artistes pratique à l’oral, à travers des performances, un imaginaire extrêmement construit, il subsistera toujours ce qui les rend si étonnantes et inclassables: un comportement de comédie qui n’évacue pas une certaine innocence et rend, grâce à des modulations spécifiques, des flottements et des silences, plus tangible encore ce moment où quelque chose semble surgir et s’improviser, à travers un ensemble de codes culturels et oratoires.