ART | CRITIQUE

Nach der Jagd ist vor der Jagd

PMagali Lesauvage
@12 Jan 2008

«Après la chasse est avant la chasse»: un film et une série de toiles de l’artiste allemand Erik Schmidt montrent en quoi les relations sociales se résument aux rapports de prédation que les êtres entretiennent les uns avec les autres, dans un cycle perpétuel, une sorte d’écosystème clos où le chasseur devient la proie, et vice-versa.

Selon l’artiste, «l’image de la chasse en apparence devenue si obsolète n’a rien perdu de son actualité». Schmidt conçoit cette pratique comme le summum de «l’autoreprésentation masculine».

La réflexion de Schmidt est d’autant plus intéressante qu’elle est soutenue par deux modes d’expression parfaitement maîtrisés par l’artiste. Un film 16 mm, intitulé Hunting Grounds (Terrains de chasse) et tourné dans le splendide cadre d’un château de Westphalie, mêle deux moments de prédation et de jeux de pouvoir, un dîner d’aristocrates et une chasse à courre.

Ici le terme de vidéo est disqualifié au profit de celui de «court-métrage», tant la référence cinématographique est visible, et les qualités d’image, de son et de mise en scène sont probantes. L’artiste se représente dans les deux scènes tour à tour chasseur et chassé, désirant et désiré, prédateur et proie, possédant et possédé. Il nous rappelle ainsi que le sens de nos gestes n’est pas univoque, et que les notions de Bien et de Mal n’existent pas dans la nature.

La référence à la peinture est présente dans le film et se prolonge dans une série d’huiles sur toile: «En suivant les chasseurs dans la forêt allemande et en utilisant mon appareil photo à la place d’un fusil de chasse, je trouve mes motifs pour peindre». Les poses des personnages sont en effet très «photographiées», naturelles et comme prises sur le vif.

Exécutées dans une pâte épaisse et dans des coloris clairs et acides, les toiles expressionnistes d’Erik Schmidt reprennent le genre cynégétique, traditionnel en peinture: replaçant la pratique de la chasse dans un contexte contemporain, l’artiste souligne le caractère éternel des rapports humains fondés sur le pouvoir et la force. La pulsion de mort et son esthétique même fascinent toujours. Ainsi le porc-épic mort du tableau Nach der Jagd ist vor der Jagd (2006), qui donne son titre à l’exposition, est une nature morte saisissante et un rappel éclatant de l’inéluctable cycle de vie et de mort auquel nous confrontent les œuvres d’Erik Schmidt.

Erik Schmidt:
Manche jagen das ganze Jahr, 2006. Huile sur toile. 160 x 230 cm.
Junghasl, 2006. Huile sur toile. 130 x 195 cm.
Es nähert sich langsam dem Ende, 2006. Huile sur toile. 130 x 195 cm.
Etwas Frömmigkeit hat noch nie geschadet, 2006. Huile sur toile. 80 x 110 cm.
Eiskalt Innehalten, 2006. Huile sur toile. 110 x 150 cm.
Als Zeichen der Versöhnung, 2006. Huile sur toile. 160 x 210 cm.
Meine Brüder durften jagen, 2006. Huile sur toile. 162 x 114 cm.
Nach der Jagd ist vor der Jagd, 2006. Huile sur toile. 146 x 89 cm.
Wie in der Kinderstube, 2006. Huile sur toile. 190 x 130 cm.
Ein vertrauter Gefährte, 2005. Huile sur toile. 120 x 180 cm.
Hunting Grounds, 2006. Film 16 mm.