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More Songs, Buildings and Girls

PNathalie Delbard
@12 Jan 2008

Avec More Songs, Buildings and Girls, Torbjørn Rødland présente pour la première fois des œuvres photographiques en noir et blanc, images mêlant des portraits de jeunes femmes, des vues d’églises et de cassettes audio.

Si l’artiste préférait jusqu’alors l’usage de la couleur, si apte à restituer l’atmosphère lumineuse des forêts norvégiennes, cadres de nombre de ses mises en scène (White Series, 2000 et Nudist Series, 1999), ici les éclats variés et colorés laissent place à la sobriété de noirs mats, de gris perlés ou de blancs brumeux. La série, composée de divers formats, régulièrement répartis sur les quatre murs de la galerie, réhabilite en effet tout le charme presque sévère du noir et blanc, redoublé par la blancheur de l’encadrement. Seule note teintée, le mur de gauche a été recouvert d’un papier imprimé, reproduisant un ciel bleu parsemé de nuages…

Au premier abord, on peut imaginer cette exposition comme une pause dans le parcours de Torbjørn Rødland ; on peut également apprécier la douceur de ces tonalités grises, la photographie pratiquée par les artistes contemporains étant peut-être trop rarement, ces derniers temps, proposée en noir et blanc. Et pourtant, il semble que l’artiste n’ait pas choisi d’abandonner la couleur par simple jeu ou exercice de style : tout concourt au contraire à saisir le sens de l’œuvre à travers le prisme de ces deux pôles symboliques que sont le noir et le blanc, comme l’indiquent d’ailleurs les titres White Tapes and Black Tape.

Le blanc, c’est celui de ces cassettes silencieuses éparpillées sur un parquet, mais aussi celui des socquettes portées par cette jeune femme étrangement studieuse assise au milieu de quelque ruine, ou de ces nuages servant de toile de fond aux images… Le noir, c’est cette cassette « satanic blood » qui semble nous regarder de ces deux yeux de plastique, noirs comme les arbres morts et les toits pointus des églises photographiées par l’artiste, noirs comme le regard insistant de cette adolescente braquant vers nous deux branches en forme de croix…

Entre croyance divine et culture rock’n roll, entre rigueur et séduction plus ou moins avouée, l’exposition de Torbjørn Rødland dégage ainsi quelque chose de simultanément sulfureux et classique, mystique et nostalgique. À l’instar de cette maison affaissée dans la forêt (Collapse n°1), sorte de chaumière féerique ayant subi les ravages du temps, ou à travers ces visages de jeunes femmes rebelles aux yeux cerclés de larges lunettes d’écolières, l’artiste nous promène finalement dans un monde où se frôlent sans jamais se confondre, austérité du passé et saveur moqueuse de la jeunesse.

Torbjørn Rødland :
White Tapes, 2003. Tirage noir et blanc. 76 x 96 cm.
Good News n°1, 2003. Tirage argentique. 50 x 40 cm.
Collapse n°1, 2003. Tirage argentique. 30 x 37 cm.
Good News n°2, 2003. Tirage argentique. 50 x 40 cm.
Church n°1, 2003. Tirage argentique. 50 x 40 cm.
Black Tape, 2003. Tirage argentique. 30 x 37 cm.
Good News n°4, 2003. Tirage argentique. 30 x 37 cm.
Church n°2, 2003. Tirage argentique. 50 x 40 cm.
Church n°3, 2003. Tirage argentique. 50 x 40 cm.
Good News n°3, 2003. Tirage argentique. 30 x 37 cm.
Church n°4, 2003. Tirage argentique. 37 x 30 cm.
Dans le bureau :
Lyrical Autism n°2, 2003. Photo couleur. 37 x 30 cm.
Collapse n°2, 2003. Tirage noir et blanc. 76 x 96 cm.
Sky, 2003. Photo couleur. 76 x 96 cm.
Lyrical Autism n°1, 2003. Photo couleur. 37 x 30 cm.

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