PHOTO

Monsieur Siegfried Jegard est un monstre

PMagali Lesauvage
@12 Jan 2008

Pour la dernière exposition de la saison, la jeune Addict Galerie permet la découverte de l’univers étonnant du jeune artiste Siegfried Jegard, dont l’œuvre graphique foisonnante et onirique opère un envoûtant réenchantement des formes.

Ancien élève de l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris, Siegfried Jegard met à profit dans son travail graphique une grande qualité technique relevant presque de l’obsession. Dans ses séries de dessins à l’encre, ou dans ses fines et précieuses aquarelles, se déroule une inspiration ininterrompue, engendrant des amas d’êtres hybrides assemblés les uns aux autres à la manière des «coulures» de Dali ou Tanguy, ou mettant en valeur dans une mise en page économe des individus uniques.

En effet, les liens avec le surréalisme sont ténus. Si on peut parler à propos du travail de Jegard de «dessin automatique», par l’impression d’immédiateté de la pensée et de spontanéité qu’ils produisent, on devine l’importante implication réflexive de l’artiste dans ces dessins. Sans vouloir y projeter une quelconque narration, l’auteur déverse sur la feuille blanche des images qui, enchevêtrées, appartiennent dès lors à l’univers du rêve et de l’inconscient incarné.

L’invention perpétuelle des formes rend complexe l’interprétation et les références peuvent être multiples : la qualité graphique de certaines œuvres comme Réalité à rayures (2006) fait par exemple penser aux gravures de Dürer ou aux études de «gueules» de Léonard de Vinci.

Proche de la nébuleuse surréaliste, l’œuvre de Siegfried Jegard l’est aussi de l’univers éthéré et merveilleux de certains artistes japonais, dessinateurs de mangas ou réalisateurs de dessins animés tels Hayao Miyazaki, inventeur de formes complexes évoquant des êtres organiques mi-hommes mi-esprits (Chevalier en armure, 2005 ; Modern Idiot, 2006).
C’est aussi à la capacité suggestive des organismes primitifs d’Odilon Redon que l’on songe face à un dessin comme Héros en costume trois pièces (2006).

Se débarrassant aussitôt de ces références sensibles au premier coup d’œil, le spectateur peut se laisser immerger dans l’univers de Siegfried Jegard, dont on soupçonne qu’il est infini et indéterminé.

Siegfried Jegard
I Will Survive, 2006. Encre sur papier, encadrée. 33 x 33cm
Explication logique, 2005. Aquarelle.
Jelly Cosmos, 2006. Encre et aquarelle sur papier, encadrée. 78 x 63cm
— série Carnival of Soul, 2007. Encre. 24 x 32cm
— série Carnival of Soul, 2007. Ensemble de 90 encres sur papier.
— série Carnival of Soul, 2007. Ensemble de 30 encres sur papier
Monsieur Siegfried Jegard est un monstre, 2007. Encre et aquarelle sur papier. 24 x 32cm
Passionément, 2007. Encre sur papier. 22 x 31cm
Where Is My Mind, 2007. Encre sur papier, encadrée. 75 x 90cm