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Mon village

PRaphaël Brunel
@12 Jan 2008

En retournant dans son village natal pour photographier les fêtes et les rituels qui s’y déroulent, Malick Sidibé, qui délaisse un temps le noir et blanc pour la couleur, produit de véritables documents, témoignages d’une culture qui survit et s’exprime.

Depuis cinquante ans, Malick Sidibé photographie la société malienne. Sa participation, en 1994, aux premières Rencontres de la photographie africaine, à Bamako sa ville de prédilection, lui ouvre les voies d’une carrière internationale.
Après avoir obtenu le Prix international de la photographie 2003 décerné par la Fondation Hasselblad, succédant à Jeff Wall et Cindy Sherman, il reçoit le prestigieux Lion d’or à la 52e biennale de Venise, devenant, ainsi, à la fois le premier photographe et le premier africain lauréat d’une telle récompense.

Désormais abonné des expositions de photographie et d’art contemporain en Occident, Malick Sidibé n’en demeure pas moins fidèle à une œuvre clairement ancrée géographiquement, historiquement et socialement. Les terrains de jeux de Malick Sidibé sont le Mali, sa capitale Bamako, ses quartiers et ses habitants.
En ouvrant le «Studio Malick» en 1958, il devient le témoin privilégié d’une jeunesse qui sort et danse au son de la musique occidentale, du twist et du cha-cha. Il couvre alors mariages, bals populaires, baptêmes et accueille dans son studio les personnes, les amis et les familles venus se faire portraiturer.
Ses photographies constituent autant de documents sur la société malienne des années 60-70, sur les modes vestimentaires et sur les mutations en marche, à l’image de ces danses qui désormais s’exécutent en couple.

Si les portraits réalisés dans son studio et les clichés des surprises-parties restent les images de Sidibé les plus vues, la galerie Claude Samuel prend le parti d’exposer des photos encore méconnues. En retournant dans son village natal, Malick Sidibé cherche à rendre compte d’un versant différent de la culture malienne, celui de la campagne et des cérémonies traditionnelles. Délaissant le noir et blanc qu’il utilise depuis ses débuts au profit de la couleur, il capture les mouvements et les danses, les gestes et les habits, les rites et les objets en jeux dans la fête des chasseurs.

Les clichés de musiciens venus accompagner la cérémonie, ceux d’un groupe de personnes posant autour d’un taureau sacrifié pour le bien du village, traduisent l’intérêt toujours vivace de Malick Sidibé pour le portrait. Il transpose ainsi ses préoccupations de Bamako à son village natal et improvise un studio dans la rue : les visages et les corps des habitants font face à l’appareil photographique, se découpent sur une simple toile tendue et soutenue par deux personnes en partie visibles sur l’image.

Il retranscrit ainsi des instants de la vie de son village, des bouts de mémoire et produit, avec les mêmes armes que dans les années soixante, de véritables documents, témoignages d’une culture qui survit et s’exprime.

Malick Sidibé
Groupe de Toumani Koné musicien traditionnel des chasseurs, 1986. Tirage argentique noir et blanc, 60 x 50 cm.
— Malick Sidibé, Mon studio au village tous de la même famille, 2000. Tirage argentique noir et blanc. 50 x 60 cm.
Mamadi Ba et ses deux femmes au village. Tirage argentique 30 x 40 cm.
Une pause pour nous dans le village de Soloba, 1999. Cibachrome, 50 x 60 cm.
La position des pattes du taureau montrera si le sacrifice est bon !, 1999. Cibachrome, 30 x 40 cm.
Les pas de danse des chasseurs Fête de l’Indépendance du Mali , 22 septembre 1999. Cibachrome, 50 x 60 cm.