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Miltos Manetas

PProvoke, entre contestation et performance, la photographie au Japon 1960–1975
@12 Jan 2008

Trois portraits de femmes, égéries des années 1960, inspirées de Roger Vadim : une star de l’art contemporain, une styliste américaine et une web designeuse japonaise. A la femme des apparences, femme des plaisirs sexuels, femme énigmatique et inatteignable.

Trois portraits de femmes : une star de l’art contemporain, une styliste américaine et une web designeuse japonaise. Ensemble, elles forment le fil conducteur de l’exposition de Miltos Manetas : Memoirs of the Devil, dont le titre est emprunté à l’ouvrage de Roger Vadim. L’auteur décrivait ses relations avec les trois égéries des années 1960 : Catherine Deneuve, Brigitte Bardot et Jane Fonda. Ces nouvelles incarnations de la féminité occupent, sur des panneaux, la première salle de l’exposition.

Au centre, un terrarium, dans lequel s’entremêlent des câbles de connexion internet, des fils électriques, un joystick, et une dizaine de serpents vivants. Cette pièce fait référence à la relation qu’entretient l’artiste avec les trois femmes : sources de plaisirs infiniment recommencés, comme une partie de jeu vidéo, et de dangers bien réels, pour ne pas dire fatals. Une représentation métaphorique du pouvoir féminin, éphémère et venimeux.

La dimension fascinante et vaine de la féminité se manifeste particulièrement dans la salle suivante, qui présente de vastes toiles sans profondeur. Toutes auscultent un corps de femme, le même, dans différentes postures. Le vêtement, qui répond aux stricts codes de la mode, demeure. Seule change la position du corps, toujours tronqué, qui rappelle volontiers les standards et le caractère répétitif de la photographie de mode. La première femme que Miltos Manetas met en scène incarne ainsi la superficialité de l’apparence.

La troisième salle ouvre sur la problématique du désir. Trois séries de petits tableaux, qui font également référence à la patine de la photographie, présentent cette fois-ci des instantanés de la relation sexuelle et du jeu de la séduction. De prime abord, le flou de l’image ne permet pas de distinguer les scènes. C’est notamment le cas de l’une des trois séries, qui représente une fellation. Seule une attention particulière et la progression du regard d’une image à l’autre, comme la lecture d’un récit, permet de distinguer ce qui se joue. Vu en contre plongée, le visage de la femme dans les plis d’un pantalon est précisément celui que l’homme troublé peut voir, et photographier.

Il faut descendre au sous-sol de la galerie pour découvrir la vision de la troisième femme. Sur toute la surface des murs vieux rose des coulées de peinture blanche rappellent la patte de l’action painting, mais aussi des traces d’éjaculation. La femme, représentée par un petit portrait placé en retrait, dans une alcôve, regarde cela de loin, l’air innocent. A la femme des apparences et à celle des plaisirs sexuels succède la femme énigmatique et inatteignable. Trois femmes qui ne sont donc pas sans rappeler celles qui ont marqué profondément Roger Vadim.

Miltos Manetas
Sans titre, 2004, Installation.
Girl at the Standard Hotel, 2003. Huile sur toile. 137 x 183 cm.
Mai, 2004. Tirage sur aluminium et plexiglas.
Mai #3, 2004. Huile sur toile. 253 x 113 cm.
Vanessa, 2004. Tirage sur aluminium et plexiglas. 155 x 120 cm.