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Michael Vahrenwald

PPierre-Évariste Douaire
@12 Jan 2008

L’exposition de Michael Varhenwald pourrait s’intituler «De la nécessité d’un flash en photographie». Le flash est ici le personnage et l’outil central des compositions nocturnes. Le halo électrique circonscrit son sujet, dessine des frontières invisibles mais réelles. Le hors-champs devient son principal terrain d’investigation.

La série «Universal Default» se confronte au cinéma. Les paysages photographiés marquent des frontières invisibles mais réelles. Les ruptures sont autant soulignées que dessinées. Les limites sont éclairées au flash. Les ombres délimitent des parcelles, jouent à cache cache et font du hors champs le personnage principal des compositions.
La place centrale qu’il occupe le laisse pourtant à la périphérie de l’image. Tout se déroule en dehors du cadre. La problématique de l’exposition se situe en dehors des marques et des tracés ciselés par l’arc électrique du flash. Ce qui est donné à voir est ténu, imperceptible, inframince. La photographie joue ici le rôle de garde frontière, de passeur d’ombre.

L’utilisation du flash est judicieuse, comme chez Touhami Ennadre, qui exposait précédemment à la galerie, car c’est par son intermédiaire que tout advient. Il trace une ligne de démarcation à partir de laquelle tout s’articule. Le procédé est simple mais l’effet est assuré. Dans la nuit obscure, ce dispositif est efficace, et propose un théâtre d’opérations riche en propositions.
Le flash est utilisé comme un pointeur, un curseur qui désigne une zone imaginaire et réelle à la fois. L’appendice se substitue à l’objectif et devient un instrument de mesure et de vision. Mais au lieu de donner à voir, il éblouit et aveugle la scène qu’il est censé d’écrire. Il accentue autant la présence que l’absence. Le sujet est placé hors de portée, hors d’atteinte. Le centre du tirage est désaxé, satellisé et placé hors de la vue du spectateur.
Ce procédé, cette façon de cacher ce que l’on est censé révéler est à double tranchant. Il excite l’esprit, attise l’imaginaire, mais accouche d’une image visuellement pauvre, presque sans qualité. Seul le format des tirages nous rappelle que nous sommes face à une photographie «plasticienne». La taille les paysages est saisissante mais son discours reste difficile à entendre. Pour le rendre plus audible il faut se pencher sur les motivations et le postulat de départ de l’artiste.
Ce dernier veut marquer les contours d’un «champ d’agriculture» et les «centres commerciaux péri-urbains».

Ces champs de ruines, ces champs de rien ne sont pas sans évoquer les «non-lieux» que théorise Marc Augé. Les salles d’aéroports, les friches au milieu de nulle part, perdues entre bretelles d’autoroute et échangeurs à quatre voies, sont les prémices d’un monde qui se définit par ses frontières qu’elles soient physiques, sociales, sexuelles, ethniques ou géographiques. Francis Alÿs et le collectif Stalker travaillent sur les limites urbaines, étudient des géographies différentes, proposent des parcours concurrençant les tracés dominants et écrasants des grandes villes.
Photographe paysagiste, Michael Vahrenwal traque la frontière des villes et des campagnes à l’aide de lumières aveuglantes et d’ombres pénétrantes. A l’aide de son flash, il parvient à toucher du doigt des lignes de rupture et de fuite qui se perdent dans l’immensité de la nuit. Entre le visible et l’invisible, il préfère la radicalité du noir et blanc.
Son appareil photo n’enregistre rien, il crée seulement du contraste, provoque des cassures. Au milieu de la nuit noir, il avance armé de son flash, et non de son objectif, pour éclairer un terrain d’opérations qu’il circonscrit à l’aide de cette lampe torche.
Les «non-lieux» qu’il explore sont des non-dits, des espaces de contrebande, des check points barricadés dans le crépuscule, des zones franches irradiées par le voile électrique de l’éclair. Le halo de lumière fabrique une lice en plein cœur des ténèbres, mais le véritable match se déroule en dehors de ce ring incertain. Ce qui se passe est de toute façon hors d’atteinte, hors-champ.

English translation : Rose Marie Barrientos
Traducciòn española : Maïté Diaz Gonzales

Michael Vahrenwald:
Stepped Hill #2, Home Depot, East Greenbush, NY, n.d. Photographie couleur.
Straw Hill, Wal-Mart, Bloomsburg, PA, n.d. Photographie couleur.
Tree, Wal-Mart, Coralville, IA, n.d. Photographie couleur.
Brown Field, Home Depot, Moline, IL, n.d. Photographie couleur.
Small Green Slope, Home Depot, Waterbury, CT, n.d. Photographie couleur.

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