ART | CRITIQUE

Micha Laury

21 Mar - 22 Avr 2006
Vernissage le 18 Mar 2006
PAnne-Lou Vicente
@12 Jan 2008

L’artiste israélien Micha Laury expose sa dernière création, ainsi qu’une sélection d’œuvres sur papier réalisées depuis 1967, projets préparatoires de ses installations. Une œuvre fondée sur le paradoxe, qui donne à voir, de façon métaphorique, l’enfermement.

C’est une invasion: des dizaines de méduses, énormes, sont suspendues au plafond du rez-de-chaussée de la galerie, invitant le visiteur à une périlleuse déambulation. Réalisées en silicone, teintées dans la masse, ces méduses, plus vraies que nature, sont la dernière création de l’artiste israélien Micha Laury. Cette installation illustre bien l’idée d’un paradoxe: fascination et répulsion, beauté et danger mortel.

Mais c’est toute l’œuvre de Micha Laury qui repose sur cette idée, comme l’illustre si bien la phrase, gravée dans une plaque de plomb encadrée (1994): «The Deaf Listen to The Dumb. The Blind Watch the Cripple Dance» (Les sourds écoutent les muets. Les aveugles regardent les estropiés danser). Le paradoxe, poussé à son paroxysme, en vient à côtoyer l’absurdité.

A titre d’exemple, The Beatles Double White Album (1974) représente deux disques-vinyles noirs (acrylique et crayon sur carton) côte à côte et encadrés.

Avec Food Sculpture/Culture. Pitas and Felafels (Brancusi Food) (2006), l’artiste joue sur l’homophonie entre les mots «sculpture» et «culture». La nourriture, en tant qu’aspect de la culture d’un pays, est utilisée comme matière à la fois culturelle et sculpturale, non périssable, car il ne s’agit pas ici de vraie nourriture…

Two Right Hands (Deux mains droites, 2004-2005) témoigne d’une préoccupation pour le corps récurrente chez Micha Laury: deux bras droits sont unis par un moignon de buste, creux et sans tête, le tout habillé d’un semblant de chemise à carreaux blancs et bleus, dont la coupe s’adapte à ce bout de corps qui revêt un aspect mutant, presque monstrueux, évoquant à la fois la mutilation et la greffe. Two Left Hands (Deux mains gauches, 2004-2005), reprend, de façon symétriquement opposée, le même principe.

Le corps, apparaissant souvent morcelé a été, dès ses débuts, l’un des sujets de prédilection de l’artiste, comme le révèlent les titres de nombre des dessins et aquarelles présentés:Tenir un cerveau, Crâne avec cerveau, Purifier le corps, Faire des ballons avec l’arrière de mon cerveau, Deux personnages, Suck, Fuck the Art, Tapis avec trois têtes, Sucer, Carré de personnages, Ombre avec 70% de liquide, Etude pour invalides de guerre avec mains insultantes.

D’autres œuvres sur papier datant de la fin des années 1960 (Mur, Bunker, Double croisement de routes, Paysage avec maisons) évoquent plus directement la vie personnelle de Micha Laury, né en 1946 au Kibboutz Negba, en Israël.
Le paradoxe, l’absurdité parfois, qui sous-tend son œuvre, peut se lire comme la métaphore d’une réalité géopolitique relevant de l’aporie. Un conflit sans issue, déjà né d’un paradoxe — une terre, deux peuples —, qui confine à l’enfermement, physique et psychique, auquel Micha Laury aura renoncé en venant s’installer à Paris en 1974.

Deux dessins au stylo bille sur papier, réalisés en 1968, ne sauraient mieux illustrer cette idée d’enfermement: Double Cage Square/Circle, représente une cage en barbelés circulaire à l’intérieur d’une autre cage, carrée elle. Etude pour cage circulaire avec lit d’enfant et cube, représente un cube — déjà une possible prison en soi — placé dans un lit d’enfant à barreaux, lui-même encerclé par des barbelés.

L’enfermement et, métaphoriquement, les difficultés à communiquer des êtres entre eux et avec le monde, voici ce que semble dire et décrire une œuvre à la force silencieuse et violente, sourde et hurlante, qui interpelle sens et conscience.

English translation : Rose Marie Barrientos
Traducciòn española : Maïté Diaz Gonzales

Micha Laury :
Sans titre, 2000-2005. Silicone. Dimensions variables.
Two Left Hands, 2004-2005. Cire, fibre de verre, poils, vêtements. 88 x 33 x 36 cm.
Two Right Hands, 2004-2005. Cire, fibre de verre, cheveux, vêtements. 88 x 33 x 36 cm.
The Deaf Listen to The Dumb. The Blind Watch the Cripple Dance, 1994. Plaque de plomb gravée. 44 x 64 cm.
Ombre, 1969. Aquarelle sur papier. 39 x 27 cm.
Food Sculpture/Culture – Pitas and Falafels (Brancusi Food), 2006. Résine et peinture. Socle : 97 x 50 x 50 cm, sculpture : 55 x 50 x 50 cm.
Study for Circular Cage with Crib and Cube, 1968. Stylo bille sur papier. 27 x 39,5 cm.

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