ART | CRITIQUE

Mesh

PGéraldine Selin
@12 Jan 2008

Avec l’architecte Dominique Perrault, Anne de Villepoix opère un glissement de l’art vers l’architecture, tout en entraînant celle-ci du côté de la sculpture ou de l’installation. Tandis que Perrault cherche de nouveaux matériaux pour l’architecture, aux confins du tissage.

Anne de Villepoix a choisi de présenter le travail de Dominique Perrault, architecte. « Je me suis toujours intéressée à l’architecture et aux artistes proches de ce domaine (Acconci, Burden). En visitant l’agence de Dominique Perrault, j’ai eu l’impression de pénétrer dans l’atelier d’un artiste. De voir tous ces rouleaux de métal jetés sur le sol me faisait penser à une sculpture de Robert Morris. » La galeriste opère ainsi un glissement de l’architecture vers la sculpture ou l’installation.

Dominique Perrault pose la question suivante : « Comment peut-on construire, édifier ou bâtir, sans que l’objet opacifie le paysage dans lequel vous venez de le poser ? Ceci n’a pas à voir avec l’échelle des choses mais bien sûr d’avantage avec les matériaux, mais plus encore avec ce que vous attendez de l’architecture. »
Ce qu’on attend de l’architecture, c’est-à-dire comment on l’entend, comment on la pense. La rencontre avec un fabricant industriel de maille métallique, Stephan Kufferath, trouve une résonance particulière dans cette réflexion. Les matériaux affectionnés par Perrault, comme la maille d’acier inoxydable, sont souples et relèvent du tissage.
Perrault continue : « C’est cela qui me fait évoquer cette « mort de l’architecture » que je revendique pour ma propre discipline ». Cette « mort de l’architecture » dans une pensée de l’architecture renvoie au déplacement de la notion même de matériau. « J’ai pour ma part tendance à considérer davantage le paysage que la construction elle-même, comme un matériau. Le matériau de l’architecte aujourd’hui, ce n’est plus inexorablement le verre, le béton, le métal, c’est le territoire tel qu’il existe, tel qu’on l’infiltre, et tel qu’on y circule. »

Dans la galerie, les éléments Tapis Tatami, Crinoline (spirale) ou Bambou (bandes suspendues), tous en maille d’acier, acquièrent le statut de sculpture ou d’installation. Le rapprochement avec l’œuvre minimaliste de Robert Morris fait resurgir la question de l’expérience phénoménologique du spectateur liée à la notion de « présence » de l’objet comme quasi-sujet (comme les œuvres minimalistes, la taille des installations de Perrault est proche des dimensions humaines). C’est cette idée qu’il n’y a pas seulement là un objet, qu’il y a autre chose à voir.

Le problème est celui du voir, ce qu’il y a à voir dans une œuvre. Le voir n’est pas forcément à considérer dans le champ de la « présence » par la vision ou d’autres sens. Il peut aussi être pensé dans le champ d’un présent de l’œuvre comme présent de notre parole à partir de l’objet.

Dominique Perrault
Chrysalide, 2002. Installation avec chrysalide en fil de bronze. 240 x 240 x 46 cm.
Crinoline, 2002. Installation avec spirale de maille en acier inoxydable. 30 x 600 cm.
Tapis Tatami, 2002. Maille en acier inoxydable. 240 x 120 cm.
Bambou, 2002. Installation avec 3 bandes suspendues de maille bambou en acier oxydable. 1500 x 150 cm.

Fondation François Pinault pour l’Art Contemporain :
Maquette de présentation, 2001. Tulle de soie, plexiglas, carton-mousse, mousse de polyuréthane, papier calque. 220 x 38 x 32 cm.
Maquettes de recherches techniques, 2001. Technique mixte. 21 maquettes : 75 x 32 x 13 cm chaque.
Maquettes de recherche, 2001. Médium et maille en acier inoxydable. 113 x 38 x 20 cm.
Maquettes de recherche, 2001. Médium peint en blanc et filet noir. 63 x 36 x 11 cm.

Collaboration Dominique Perrault – Richard Copans :
Maille à l’envers maille à l’endroit, 2002. Installation vidéo couleur sur DVD et VHS, 16/9e : les mailles des tours de la Bibliothèque Nationale de France. 3’36.