ART | EXPO

Memorabilia

PMaxime Thieffine
@12 Jan 2008

Un cabinet de curiosités composé par Gyan Panchal occupe l’espace de l’Atelier, prolongement de la galerie Jean Brolly et met en relation des formes primitives qui jouent de l’ambiguïté entre matériaux naturels et préciosité de traitement.

L’Atelier de la galerie Jean Brolly, situé dans la même rue, présente une exposition organisée par Gyan Panchal, jeune sculpteur dont on a pu voir les œuvres récemment lors de la biennale Art grandeur nature à Montreuil.
Même s’il présente une seule pièce personnelle, ancienne et de petite taille, c’est plutôt l’occasion pour lui, à partir d’œuvres d’autres artistes, de parler des opérations, intellectuelles et plastiques, qui fondent sa pratique.

Il cristallise d’abord en un même objet la vie lente et souterraine des fossiles qui ont produit le pétrole brut, puis le rythme de la production de masse qui le transforme en plastique, et finalement le travail manuel de l’orfèvre sur ce matériau.
D’où ce titre «Memorabilia» évoquant le cabinet de curiosités du collectionneur qui voudrait tenir la nature synthétisée et rassemblée devant lui. Ainsi, lui qui procède habituellement par compression maximale de temporalités, très éloignées historiquement et techniquement, fait ici œuvre de montage et de déploiement.

Le choix des œuvres qu’opère Gyan Panchal réalise un contrepoint très productif et pédagogique à sa vision de l’objet d’art. L’accrochage tourne autour d’un autoportrait jaune de Karina Bisch, une poutre verticale, au format standard commercial, tranchée au niveau des passages entre tête, cou, buste, hanches et jambes.
Les différentes sections ont été simplement re-collées les unes sur les autres après coupure. Des coulures blanches très érotiques font tenir les uns sur les autres ces membres rigides. La partie restante de la poutre qui dépassait de ce qui correspond à la hauteur du corps de l’artiste est aussi visible, plus loin, appuyée contre un mur.
Cet objet humble et très émouvant, mais aussi martial et absurde (un hommage à Anne Truitt ?), laisse donc voir la matière aussi bien que les gestes qui l’ont transformée, comme l’ensemble des autres œuvres présentes.

Deux images, un tableau de souche d’arbre d’Adam Adach et une photographie de Raphaël Zarka, plantent un décor de plein air autour de sculptures très «white cube» de Gitte Schäfer, de Genêt Mayor, de Karina Bisch et d’un tableau déchiré de Nicolas Chardon.
On peut aisément imaginer, au-delà du cube blanc où se trouvent les œuvres, une remise d’atelier dans un jardin, à l’instar des photos de David Smith montrant des œuvres et des matériaux reposant dans de hautes herbes.

Nous sommes donc emmenés dans le décor qui a été le théâtre d’une transformation par l’homme (gestes, procédures, stratégies) et confrontés aux matériaux que les sous-sols et la nature lui ont offerts (le bois des arbres, le pétrole pour le plastique et le plexiglas).
Nous faisons face à cette ambiguïté contemporaine entre déchet industriel abandonné dans la nature (les ruines d’une usine de canalisations en béton…) et jardin d’Eden offert à la main de l’homme (…prenant les airs de temple sacré d’une civilisation disparue, sur la photographie de Raphaël Zarka).

Panchal réalise avec ce montage d’œuvres un parcours chronologique imaginaire qui éclaire sa pratique, ramenant à la pensée et à la considération esthétique le paysage et le corps qui s’y active. La théâtralité de la sculpture actuelle n’est pas seulement le résultat d’un jeu de display mais aussi celui d’une activation et d’une écriture en coulisses qui transparaît dans le show de l’objet fini.

Adam Adach
Tronçonné, 2004. Huile sur toile. 62 x 61 cm.
Karina Bisch
Leftovers (African Version), LAV8, 2005. Bois et colle. 75 x 65 x 20 cm.
Sticks, Yellow Version, (to Anne) , 2006. Bois, peinture acrylique, colle, 2 éléments. 165 x 10 x 10 cm et 100 x 10 x 10 cm.
Nicolas Chardon
5 galets peints, 2004. Acrylique sur pierre. Dimensions variables.
Mobile noir, 2004. Acrylique sur bois. 2 éléments, 80 x 60 cm (l’ensemble).
Genêt Mayor
Le Cylindre, 2006. Attaches plastiques. 43 x 20 cm.
Gyan Panchal
Mma, 2004. Plexiglas manufacturé et gravé. 2 éléments, 14,5 cm (chacun).
Gitte Schäfer
Untitled, 2004. Bois de bouleau. 82 x 10 cm.
Raphaël Zarka
La Fabrique, matière #2. Un chaos de paroles disparates, 2006. Tirage lambda. 80 x 60 cm.

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