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Maurizio Cattelan

Les éditions Hazan publient dans leur collection «Hypercontemporain» une monographie synthétique sur l’artiste italien Maurizio Cattelan, trublion de l’art contemporain.

Information

Présentation
Francesco Manacorda
Maurizio Cattelan

« Je n’ai jamais rien fait de plus provocateur ni de plus impitoyable que ce que je vois tous les jours autour de moi. Au regard de l’actualité, mes oeuvres ne sont pas cyniques. Elles sont seulement assez fortes pour réveiller le public. » — Maurizio Cattelan

Volontiers provocateur, Maurizio Cattelan, artiste milanais vivant à New York, met en scène des sculptures hyperréalistes et des personnages historiques dans des positions inattendues (Hitler en train de prier, Jean-Paul II frappé par une météorite…). Il blasphème, questionne, attaque les dogmes, remet en cause, avec autant de dérision que de violence, les valeurs et les codes de notre société. Souvent immatérielles ou éphémères, ses œuvres sont comme des empreintes de son passage, des apparitions aussi inattendues que déroutantes.

Extrait

« Le travail de Cattelan en tant qu’artiste a un côté sombre et mélancolique. Son cynisme et sa cruauté s’accompagnent d’un arrière-fond de tristesse et de pessimisme profond, et reflètent la violence qu’il a subie plutôt que sa réaction de transgression et de rejet. Il traite les thèmes du suicide et de la mort de manière directe et désespérée, parfois théâtrale, dans des scènes où des animaux empaillés font souvent fonction d’alter ego de l’artiste. Bidibibodibiboo (1996) en est l’exemple le plus frappant : il représente un écureuil qui vient de se suicider dans la cuisine de la maison d’enfance de l’artiste, reproduite en miniature. Les thèmes de la vulnérabilité et de la fuite, sur fond de désespoir, apparaissent aussi quand l’artiste cherche littéralement à s’évader et se cache — mécanisme de défense qui trahit une situation sans espoir.

Parfois, la vulnérabilité totale de l’être humain est évoquée dans l’oeuvre en réduisant les dimensions réelles. Dans Him (2001), la figure d’Adolf Hitler à genoux est légèrement réduite, alors que dans La rivoluzione siamo noi (2000), c’est Cattelan lui-même qui apparaît «rétréci» dans le costume de feutre de Joseph Beuys. À cet égard, les diverses incarnations de Charlie, un enfant qui apparaît dans un certain nombre d’œuvres, ressemblent vaguement à un Cattelan plus jeune : ce sont des miniaturisations temporelles plutôt que spatiales, dans lesquelles l’artiste réduit son âge plutôt que de réduire les dimensions. La possible interprétation d’un grand nombre d’œuvres comme des autoportraits intimes transforme le geste de leur production esthétique en une expression métaphorique des angoisses et du désespoir de l’artiste. Pour Cattelan, l’art devient donc la scène, parfois comique et grotesque, parfois sombrement tragique, où il représente la non-résolution des aspects profonds de la fatigue d’exister. »

Francesco Manacorda est directeur des études au département d’art contemporain du Royal College of Arts de Londres. Il est également commissaire d’exposition et critique d’art indépendant.