DANSE | SPECTACLE

Des gens qui dansent (Petite histoire des quantités négligeables)

25 Avr - 26 Avr 2019

Entre danse et cirque, gestes et mots, solitude et solidarité... La pièce Des gens qui dansent (Petite histoire des quantités négligeables) réunit cinq acrobates sur une scène vide, hormis un micro. Pour une recréation du commun, par Mathieu Desseigne-Ravel, Sylvain Bouillet et Lucien Reynès.

Pièce pour cinq acrobates, Des gens qui dansent (Petite histoire des quantités négligeables) (2018) joue la carte du mélange. Avec l’interdisciplinarité d’une part (cirque, danse et acrobatie). Et avec le mixage des langages de l’autre (celui des corps, celui des mots). Composé par la structure avignonnaise Naïf Production, Des gens qui dansent est une création à, au moins, trois voix. Celles de Mathieu Desseigne-Ravel, Sylvain Bouillet et Lucien Reynès. Retour aux sources, la performance acrobatique interroge les fondamentaux. Soit notamment l’articulation entre l’individu et le groupe. Et dans un espace scénique plutôt sobre et dépouillé, l’acte de création se réinvente. Créer, c’est résister ; créer c’est créer. Acrobate, hip-hopeur, danseur, chorégraphe… Mathieu Desseigne-Ravel emprunte en quelque sorte au chorégraphe Alain Platel, avec qui il a également travaillé pendant six ans, le titre de la pièce. Car selon Alain Platel, « Les danseurs, ce sont des gens qui dansent ».

Des gens qui dansent (Petite histoire des quantités négligeables) : danse et cirque

Si l’art et la culture peuvent être des vecteurs d’émancipation, ils peuvent aussi favoriser la reproduction des inégalités. Comme tous les outils, ils ont plusieurs facettes. Attaché à interroger les structures sociales, la place des corps, du langage et des individus, Mathieu Desseigne-Ravel refuse que l’acte créatif s’étouffe en seule reproduction subventionnée. Et sous-titrée Petite histoire des quantités négligeables, la pièce Des gens qui dansent aspire aussi à donner un espace de visibilité aux quantités négligeables, aux voix peu audibles. Un peu épars, un peu hagards, les cinq acrobates hantent d’abord la scène de façon distincte. L’espace est vide, hormis un vieux micro filaire. Recherche de ce qui donne la force de créer, Des gens qui dansent dégage lentement le lieu de l’art. Si toute pensée est contingente, comme l’énonce en postulat Mathieu Desseigne-Ravel, c’est une contingence située. Dans un corps. Un corps animé par des besoins, pulsions et envies.

Une pièce de Naïf Production (Lucien Reynès, Mathieu Desseigne-Ravel, Sylvain Bouillet)

L’étonnant c’est le corps ; on ne sait pas ce que peut le corps. Tels étaient les deux axes que dégageait Gilles Deleuze des pensées de Friedrich Nietzsche et Baruch Spinoza. Avec Des gens qui dansent, Mathieu Desseigne-Ravel propose une pièce masculine où progressivement voix, mots et mouvements font corps et danse. Une pièce où la pensée devient acte, où l’acte donne à penser. Une performance interdisciplinaire où le collectif se trouve une réalité à partir d’individus fragmentés. Dans une société du spectacle, que dire ? Qu’est-ce qui peut justifier une prise de parole ? Et à partir de cinq individus constitués, comment recomposer des solidarités ? Comme l’explique Mathieu Desseigne-Ravel, face à ces cinq danseurs-acrobates aux silhouette fluides, il a tenté, avec de violentes précautions, de trouver ce point fragile, incertain, qui rend solidaire nos solitudes. Jusqu’à ce que se forme, sous les yeux du public, une nouvelle communauté.