ART | EXPO

Massive Centrale

06 Juil - 25 Oct 2008
Vernissage le 05 Juil 2008

Hubert Duprat entraîne le visiteur à la rencontre de sculptures, à base de minéraux (pyrite, calcite, magnétite…), de pâte à modeler ou encore de blanc d’œuf. Ces oeuvres déroutent par l’utilisation très singulière des matériaux et par la difficulté à les appréhender sous un seul angle.

Communiqué de presse
Hubert Duprat
Massive centrale

Continuant à développer ses réflexions et ses recherches sur l’environnemental, le Centre d’art de Vassivière accueille du 5 juillet 2008 et jusqu’au 25 octobre l’exposition de Hubert Duprat, « massive centrale ».

Si cet artiste a choisi depuis quelques années de se faire plus rare en terme de production et de monstration de son œuvre, il n’en est pas moins un acteur reconnu de la scène contemporaine, dont l’œuvre, largement présente dans les collections publiques françaises, a été montrée à la Fondation Cartier à Paris (1998), au PS1 à New York (1998) ainsi qu’au Mamco à Genève (1999).

En invitant Hubert Duprat, le Centre international d’art et du paysage de l’île de Vassivière propose une exposition entièrement constituée de nouvelles productions dans l’ensemble de ses espaces.

L’exposition « massive centrale » témoigne de la coexistence – chère à Hubert Duprat – en un réseau serré de relations interdépendantes, de la nature et de l’artifice, de la compacité et de la transparence.

Hubert Duprat, né en 1957, s’est fait connaître avec son travail sur les larves aquatiques de Trichoptères – les phryganes – lesquelles ont la particularité de se confectionner un étui avec des petits cailloux et des brindilles fixés par une soie qu’elles sécrètent. En substituant aux matériaux naturels des paillettes d’or, des opales, des turquoises, des perles de toutes sortes, l’artiste avait opéré un glissement qui transformait l’insecte en joaillier produisant un étui précieux. 

Pour son exposition à Vassivières, Hubert Duprat réalise de nouvelles expérimentations qui entraînent le visiteur à la rencontre de sculptures merveilleuses, à bases de minéraux (pyrite, calcite, magnétite…), de pâte à modeler ou encore de blanc d’œuf…

Ces œuvres déroutent du fait de l’utilisation très singulière des matériaux que l’artiste expérimente mais aussi car il ne nous est jamais donné de les appréhender sous un seul angle que ce soit visuellement ou conceptuellement – aux confins du connaissable et de l’admissible.

Ce rapport mystique est accru par la grande technicité et la plasticité de ces réalisations dont Hubert Duprat délègue la fabrication.

Ainsi, ses œuvres acquièrent quelque chose de prodigieux et d’insaisissable qui pourrait évoquer les cabinets de curiosités si elles n’étaient pas tant ancrées dans une pratique créative contemporaine et une recherche conceptuelle des plus riches (la spécularité, la série, la répétition et la reconstitution).

L’exposition offre donc au cœur de l’île de Vassivière un ensemble merveilleux, montrant la richesse d’une création artistique qui n’a jamais fait abstraction de ses utopies.

La nef

La nef abrite six sculptures résultant d’une glane organisée et confrontée à une incertitude totale quant à leur aboutissement et à leur appréhension – puisant dans la connaissance érudite de l’artiste de histoire de l’art, de l’archéologie et des sciences naturelles.

En effet, la pratique d’Hubert Duprat embrasse plusieurs domaines et peut être perçue comme l’application de réflexions théoriques sur les éléments.

La nef devient ici le théâtre de questionnements fondamentaux de l’histoire de l’art: perception, fabrique et prodige, artiste démiurge et nature…

Ainsi, pour mieux comprendre le fonctionnement de l’œil humain, Leonardo da Vinci a l’idée d’en faire une coupe en le fixant dans du blanc d’œuf, afin de ne rien déplacer, déformer ou déchirer et de ne pas perdre le vitré. Il explique que pour bien voir son anatomie il convient de mettre l’œil entier dans un blanc d’œuf et le faire bouillir.

Lorsque l’ensemble est devenu ferme, il faut couper l’œuf et l’œil de part en part de façon à ce que la moitié inférieure ne se renverse pas donnant ainsi lieu à la première méthode histologique décrite pour l’étude de l’œil.

Cette expérience issue de l’histoire des sciences peut nous permettre d’appréhender plusieurs réalisations présentées par Hubert Duprat dans cette salle du Centre d’art.

Le visiteur peut y observer de petites sphères parfaitement lisses, dont la surface est tellement impeccable qu’elle semble irréelle, tel un globe oculaire (qui se trouve en fait être entièrement constitué de blanc d’œuf cuit).

Ces petites structures fragiles et éphémères contrastent avec les autres pièces de l’exposition et nécessitent une attention minutieuse, une reconstruction quotidienne. Ici, l’œuvre opère un renversement de la réalité: la perfection intérieure de la sphère jaune de l’œuf rejaillit à l’extérieur avec le blanc de l’œuf.

D’autres sculptures avoisinant ces sphères sont la translation directe de l’expérimentation de Leonardo et par extension de bons nombres de méthodes scientifiques: percer le secret, sectionner, départager et laisser envisager de nouvelles complexités.

Ainsi au cœur de la nef, une énorme masse informe tranchée en deux blocs donnant à voir ce qui les constitue respectivement à travers une symétrie quelque peu perturbée: un point noir sur un des deux blocs devient sur l’autre bloc une glissade, un trait. Cette œuvre témoigne de la réflexion entreprise par Hubert Duprat sur la fragmentation et la recomposition.

Une autre pièce facettée comme un cristal résulte de la coupe dans la matière laquelle renferme une grande quantité de cônes dont le sectionnement aléatoire crée des figures géométriques diverses (ellipse, triangle…) à travers lesquelles on entrevoit la forme initiale qui les a fait naître: le cône.

Plus loin, l’artiste a disposé une sculpture cylindrique faite de pyrite, pierre qui a pour particularité d’avoir des cristaux de formes cubiques.

En réalisant cette œuvre, Hubert Duprat concrétise un véritable tour de force résultant d’un temps important passé à définir les contours du projet et à observer les réactions de la matière.

En effet, la pyrite, également appelée « or des fous », est une pierre aussi complexe que sa forme le laisse deviner. Sa présence dans les mines de charbon a longtemps était source d’accidents puisqu’elle provoquait des coups de grisou.

Aujourd’hui elle est reconnue comme un agent nuisible dans les fabrications en béton du fait de sa capacité à produire de l’acide sulfurique.

Son agglomération n’est donc pas chose aisée, pourtant ici l’artiste contraint la matière pour lui donner une nouvelle forme dont l’intérieur s’offre comme une grande surface lisse tel un miroir inspiré de ceux réalisés par les Incas en polissant de grandes surfaces de pyrite.

Non loin, le visiteur découvre huit cylindres en mastique – dont les deux extrémités donnent à voir dans la section l’hématite – sont disposés à même le sol.

La calcite optique encore appelée « spath d’Islande », minéral très pur, divise la lumière qui la traverse en deux rayons ce qui fait que lorsqu’on regarde à travers un cristal de calcite l’image est dédoublée. Selon Descartes, l’une est « ordinaire » et l’autre « extraordinaire ». En réalisant cette tour « de glaçons » entièrement constituée de morceaux de calcite placé en quinconce, l’artiste créé une sculpture aérienne et complexe où les rayons lumineux sont démultipliés.

Salle des études
Dans la salle des études, le visiteur découvre un énigmatique entassement de plusieurs tonnes de fuseaux de magnétites.

Hubert Duprat choisi de placer dans une même pièce cette multitude de pierres naturellement aimantées.

L’importance de la lumière, élément qui traverse toute l’œuvre de l’artiste, jaillit dans cette sculpture à la fois massive et étincelante.

Cet amoncellement de magnétites polies apparaît comme un bloc de lumière additionnant ainsi la force de la simplicité et le choc de l’inattendu.

Petit théâtre
Dans le petit théâtre, l’artiste élabore un dispositif qui transfigure l’espace pensé par Aldo Rossi en y apposant un nouveau plafond recouvert de mica noir et rouge renvoyant explicitement à une voûte en plaques de miroirs réalisée au château Stupinigi (près de Turin en Italie) au XVIIIe siècle par l’architecte et décorateur italien Filippo Juvarra.

L’œuvre présentée ici joue comme souvent dans la pratique de l’artiste du recouvrement, de la surface. Ici – plus que dans aucune une autre œuvre – le processus de fabrication est visible au travers de la pâte à modeler porteuse de traces digitales présentes sur les jointures entre chaque pierre.

En outre, l’assemblage du mica et de la pâte à modeler manifeste des correspondances imprévisibles, souligne des équilibres et des solidarités et engendre de nouvelles possibilités d’évolution entre ces deux matières, ces deux tensions opposées.

Phare

Faisant écho au petit théâtre, l’installation dans le phare sectionne l’espace et oblige une nouvelle fois le visiteur à lever les yeux pour découvrir une réalisation formant un immense plateau composé d’une multitude de tubes en pvc aux dimensions variées et aléatoires.

Cette surface alvéolaire filtrant l’éclairage zénithal du phare devient par là-même un dispositif paradoxal, à la fois lourd et aérien.

Le développement exponentiel de la forme circulaire inscrit lui-même dans un espace rond tient du prodige tant par son incongruité que par sa monumentalité.

De plus, cette voûte de par sa composition se dérobe au regard selon son angle de vision et la rend soit totalement opaque soit opale.

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