ART | EXPO

Mary’s cherries

07 Juin - 29 Sep 2012
Vernissage le 06 Juin 2012

Les œuvres de Mika Rottenberg sont de drôles de dérives oniriques où se mêlent un regard caustique sur les sociétés capitalistes et une curiosité pour les stratégies les plus étonnantes de résistance individuelle. On se laisse happer par ces étranges histoires servies par une grande maîtrise de l’image et par des installations qui jouent de l’immersion.

Mika Rottenberg
Mary’s cherries

Le titre de l’exposition de l’artiste Mika Rottenberg est, comme souvent avec cette artiste, celui d’une des pièces exposées. «Mary’s Cherries», tournée en 2004, est aussi une œuvre acquise récemment par le Frac qui diffuse pour la première fois ce film dans une installation spécifique créé par l’artiste. Car si ses œuvres sont principalement constituées d’images filmiques, Mika Rottenberg les présente systématiquement dans des dispositifs spatiaux, sinon complexes, en tout cas matériellement affirmés; elle se définit d’ailleurs elle-même autant comme sculpteur que comme productrice d’images.

C’est-à-dire au fond, comme un sculpteur dont l’un des matériaux est l’image elle-même. On doit aborder le travail de Rottenberg comme se situant à l’intersection d’une double problématique ayant le corps individuel (et notamment le corps féminin) pour centre: il s’agit d’une part de ses représentations dans l’histoire moderne et contemporaine, et d’autre part de sa fonction «productrice» et de son économie dans le monde globalisé de la marchandise. Dans la plupart de ses films, l’artiste travaille avec des modèles aux caractéristiques physiques hors normes et qui, pour certaines d’entre elles, en font usage professionnel et en tirent leur moyen de subsistance.

Dans «Mary’s Cherries», Rock Rose joue une productrice de cerises en boîtes réalisées à base d’immenses ongles rouges: sa forte corpulence, qui renvoie imaginairement à celle d’une personne qui, par son métier, absorberait effectivement trop de sucreries, lui sert dans la vie à des activités de wrestling, c’est-à-dire de «domination» physique, tarifées. En conservant leur nom et donc leur identité personnelle dans les œuvres de Mika Rottenberg, ces «actrices» (au double sens du terme, puisqu’elles sont «actrices de leur propre vie») établissent un passage entre la construction de leur propre représentation choisie et celle que leur propose une artiste dans des fictions qui reçoivent leur validité du champ artistique proprement dit.
Emmanuel Latreille