DANSE | SPECTACLE

Imago-Go

17 Sep - 18 Sep 2019

Sur une scène aux allures de terrain de basket pastel, quatre majorettes dansent. Deux femmes ; deux hommes. Voici Imago-Go, de Marta Izquierdo Muñoz. Et de la cheerleader (pom-pom girl) au défilé militaire, en passant par le carnaval queer : la pièce décortique la majorette — matière à rire comme à rêver.

Quoi de plus anecdotique que des majorettes ? Avec leurs tenues criardes ; leurs gestes millimétrés ; leurs ambitions un peu trop superficielles ? Avec Imago-Go (2018), la chorégraphe Marta Izquierdo Muñoz (Cie [Lodudo] Produccion) offre une plongée dans le phénomène. Un bain de jouvence, à la source de ce qui fait la saveur des défilés de majorettes. À la base ? Un souvenir d’enfance. Quand dans l’Espagne de Franco la chorégraphe Marta Izquierdo Muñoz devait défiler, avec les autres majorettes. Mobilisant quatre interprètes — Eric Martin, Angèle Micaux, Adeline Fontaine, Fabien Gautier —, Imago-Go concilie ironie et poésie. Et mêlant danse et technique, la pièce explore la figure de la majorette. Ses gestes, sa brillance, sa discipline. Qu’est-ce qu’une majorette ? Il y a d’abord des attributs (costume, bâton, verticalité). Puis il y a tout un vocabulaire corporel (high-stepping, twirling, parade, alignements, figures géométriques, canons, unissons). Sans oublier la musique.

Imago-Go de Marta Izquierdo Muñoz : un défilé de majorettes décalées

Venus de la danse et de la parade, les deux hommes et deux femmes qui interprètent Imago-Go opèrent des glissements. Appropriations et déplacements, l’univers pom-pom girl se frotte ici à celui du ballet, des danses urbaines, des danses contemporaines, de la performance… Et ces prémices en jupette de l’univers militaire éclosent en une étrange fête un peu queer, très décalée. La musique donne la couleur. Bâtons tourbillonnants, sourires éclatants… La danse ne s’en fait pas moins un peu musclée quand l’heure est au hip-hop. Avec son gros son dans les basses, et son rythme qui pose. Toujours aussi souriants et tourbillonnants, les quatre danseurs se transforment ensuite en ballerines quand résonne la musique d’Erik Satie. Sur une scène sobrement structurée comme un terrain de basket, dans des tons pastel Imago-Go déploie sa poésie surréaliste. Matière à moquerie ? Plutôt à catharsis.

L’univers calibré des majorettes : entre mesure parfaite et massacre souriant

La plastique du spectacle Imago-Go est séduisante et l’exagération présente, sans être grossière. En somme, le rire affleure. Mais à l’aune d’une technique suffisamment calibrée pour ne pas y voir une simple caricature gratuite. Comme un exercice de style, les quatre majorettes sont capables de se fondre dans tous les genres. Du hip-hop, au classique, au moderne. Et pourtant, impossible de détacher le regard de ce pas outré, façon cheval éduqué au Cadre Noir. Et puis la pièce continue de glisser, encore et encore. Burlesque, magie, safari, corrida… Du rythme impassiblement égal finit par surgir une forme de folie apollinienne (maîtrisée, mesurée). Comme le dérapage d’une mécanique bien huilée, sous un sourire faussement affable — et plutôt carnassier. Mais Imago-Go laisse aussi entrevoir une forme de soulagement. De ce massacre peut aussi naître une figure critique et créatrice : celle de la danse contemporaine.