ART | CRITIQUE

Marlène Mocquet

PLaura Houeix
@26 Sep 2008

On ne se lasse pas de ces mondes infiniment petits et étranges, de ces personnages bicéphales et de ces histoires sans fin. Depuis mai 2008, Marlène Mocquet s’est plongée dans ces voyages de matière, dans ces pâtes et enduits en tout genre.

Son vocabulaire de cesse de s’enrichir et ces mondes oniriques et fantastiques semblent voler toujours plus haut dans les éthers d’une imagination enfantine. Entre grandes toiles carrées et petits formats, l’exposition de la galerie Alain Gutharc respire dans l’air enchanteur de Marlène Mocquet. Empâtement, matière, lavis, et même paillettes, l’artiste n’hésite pas à mélanger les techniques pour nourrir ses univers et ses personnages.

Sur fond de toile brut, le bestiaire de Marlène Mocquet prend vit; petite fille aux yeux effarés, bestioles microscopiques se fondant dans un empâtement de peinture à l’huile, monstres bigarrés nés d’une tâche informe.
Mais sur ces toiles récentes tout se déroule au centre de l’espace, une tension qui fait naître une multitude de formes et de couleurs, un magma duquel naît le début d’une histoire.

Dans Le lapin à la terre corps fertile comme dans Popeye et les animaux domestiques le sens de lecture démarre du bord gauche de la toile, en une ligne droite et épaisse pour s’étirer au centre de la toile. Et c’est dans cet épicentre que se joue l’action. C’est ici que vivent ces êtres surréalistes, bouches béantes et yeux écarquillés, corps tordus et mains de géants.
L’univers de Marlène Mocquet attire autant qu’il inquiète. Mais d’où vient cette panoplie de personnages excentriques ? Que se passe t-il, pourquoi ont-ils cet air si affairé et inquiet ? L’histoire commence. Et l’on plonge alors dans cette narration picturale, voguant dans un imaginaire infini entre Jérôme Bosch et les contes d’Andersen, ou chaque détail apparaît comme une découverte inédite.

Même dans les plus petites toiles, l’artiste pousse à son extrême le miniaturisme, donnant vit à de microscopiques êtres de matière, dont certains sont même allés se perdre jusqu’au bord du châssis de la toile. D’autres encore apparaissent à la surface de la toile comme de petits morceaux de pains d’épice, petits bijoux culinaires que l’on retrouve dans plusieurs de ces nouvelles œuvres.

Pour rentrer dans ces mondes angoissants, il faut accepter de se perdre, pour ne pas rester à la surface de ces tableaux séduisants et colorés. Il faut accepter de redevenir enfant et de croire à ce qui n’existe pas. Accepter l’absurde et le suspens d’une histoire qui n’a pas de mot fin, d’être pris d’émotion, pris d’inquiétude, accepter de sourire candidement devant une toile. Marlène Mocquet renouvelle ses univers en apportant de nouvelles matières, de nouveaux codes graphiques sans jamais épuiser ses rêves éveillés.

Marlène Mocquet
Le lapin à la terre corps fertile, 2008. Techniques mixtes sur toile. 200 x 200 cm
Popeye et les animaux domestiques, 2008. Techniques mixtes sur toile. 200 x 200 cm.
La main de cire aux murs, 2008. Techniques mixtes sur toile. 200 x 200 cm.
La tête et la main aux grains de beauté humain, 2008. Techniques mixtes sur toile. 200 x 200 cm.
La petite fille dans les escaliers, 2008. Techniques mixtes sur toile. 200 x 200 cm.
L’arbre effeuillé à la pomme, 2008. Techniques mixtes sur toile. 200 x 200 cm.
Le crocodile aux chrysalides noires, 2008. Techniques mixtes sur toile. 200 x 200 cm.