ART | CRITIQUE

Marlène Mocquet

PAnne Lehut
@21 Sep 2010

Un an après sa «rétrospective» (à 30 ans) au Musée d’Art contemporain de Lyon, Marlène Mocquet présente chez Alain Gutharc ses œuvres réalisées en 2010. On retrouve cerises, nuages, coccinelles, fillettes en rouge… mais on aurait tort de n'y voir que joliesses enfantines. Les céramiques, que l’on avait encore peu vues, le prouvent.

L’univers de Marlène Mocquet est facilement repérable. Ses tableaux sont peuplés de monstres à la bonhomie singulière, de fruits en tous genres. L’imagination s’y engouffre et l’on se prend à inventer des histoires farfelues mais formidablement libres, à la manière des enfants.

Marlène Mocquet prend plaisir (cela est palpable) à jouer avec les matières. Il n’est pas rare de voir la peinture former de véritables reliefs sur la toile. Dans Les Missiles Chantilly, la matière picturale est si onctueuse qu’elle suscite une envie irrésistible d’y plonger le doigt. Mais attention: si, comme dans Mary Poppins, le simple fait d’y toucher nous aspirait dans cet univers qui fourmille de détails inquiétants?
Ainsi, Marlène demande-moi avant semble être comme une nouvelle version du Jugement Dernier. De petits corps chutent vers ce qui ressemble à l’Enfer, se vidant au passage de ce qui les faisait exister: la peinture elle-même. Il y a du Jérôme Bosch dans ce tableau.

Dans plusieurs des œuvres présentées, c’est la peinture qui est le personnage principal. C’est par ses effets que les histoires se trament. Ainsi, dans Le Cœur menhir, de petites dames s’affairent à escalader une tache rouge, comme pour fuir les pigments avant qu’ils ne les recouvrent tout à fait. Et par le titre de cette sorte de Jugement Dernier pictural qu’est Marlène demande-moi avant, ne serait-ce pas la peinture elle-même qui parle? Comme si l’artiste s’était laissée embarquer par la matière qui, elle, savait d’avance que le jugement allait s’avérer terrible…

L’attention accordée à la matière, à ses réactions parfois imprévisibles, est telle que la pratique de la céramique apparaît alors comme une évidence, un prolongement presque logique de la peinture. Parfois en effet, dans les tableaux la peinture continue hors du châssis, au-delà des bords, dans le vide, sur quelques millimètres. Cette conquête de l’espace est pleinement réalisée par les sculptures en céramique émaillée. On y retrouve le même univers. De façon peut-être plus inquiétante encore.
En en faisant le tour, la surprise est souvent au rendez-vous. Ainsi, ce personnage bicéphale, ébahi devant ce qui sort de ses mains et de son derrière: de la peinture, toujours (La Peinture aux fesses)…
C’est évidemment très drôle, mais une certaine inquiétude se dégage devant cette peinture qui prolifère. Pour le spectateur, c’est plutôt réjouissant!

— Marlène Mocquet, Marlène demande moi avant, 2010. Techniques mixtes sur toile. 200 x 160 cm
— Marlène Mocquet, Les Missiles Chantilly, 2010. Techniques mixtes sur toile. 27 x 35 cm
— Marlène Mocquet, Vers la carte postale, 2010. Techniques mixtes sur toile. 114 x 146 cm
— Marlène Mocquet, La Boue humaine, 2010.Techniques mixtes sur toile. 195 x 130 cm
— Marlène Mocquet, Le Coeur menhir, 2010. Techniques mixtes sur toile. 60 x 50 cm
— Marlène Mocquet, Nid hostile, ni de chance, 2010. Techniques mixtes sur toile. 33 x 41 cm
— Marlène Mocquet, L’Oeuf éclaté, 2010. Techniques mixtes sur toile. 200 x 200 cm
— Marlène Mocquet, La Traversée de…, 2010. Techniques mixtes sur toile. 40 x 30 cm
— Marlène Mocquet, La Pomme volée, 2010. Techniques mixtes sur toile. 35 x 27 cm
— Marlène Mocquet, L’Arc-en-ciel sur l’épaule, 2010. Céramique. 16 x 35 x 21 cm
— Marlène Mocquet, Echappée de la nature morte, 2010. Céramique. 51 x 23 x 13 cm
— Marlène Mocquet, Le Puits d’ores et déjà, 2010. Céramique. 10 x 30 x 23 cm
— Marlène Mocquet, La Queue défaillance, 2010. Céramique. 9 x 37 x 21 cm
— Marlène Mocquet, La Rivière de stabilité, 2009. Céramique. 14,5 x 29 x 7 cm
— Marlène Mocquet, La Peinture aux fesses, 2009. Céramique. 13 x 18 x 15 cm

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