ART | CRITIQUE

Mark Handforth

PEmmanuel Posnic
@31 Oct 2008

Mark Handforth est basé aux États-Unis, et c’est peu de le dire. Non pas que son travail ait peu d’implication en dehors du territoire américain mais parce qu’il est une émanation de ce qu’est cette culture. Entre Pop et Minimalisme, ready-made et ouvrages urbains, voilà un syncrétisme bien de son temps. 

Le langage de Mark Handforth emprunte ses formes au legs authentiquement américain à l’histoire de l’art. C’est-à-dire à ce moment où les artistes new-yorkais inventaient un nouveau corpus d’images et de signes en dehors de l’influence européenne. Mark Handforth fait ainsi dialoguer Pop art et Minimalisme, mais aussi ready-made et ouvrages urbains. Des connexions inédites que l’artiste va explorer avec la désinvolture de l’héritier. Derrière sa posture, il y a effectivement l’ombre traînante des Rauschenberg, Warhol, Judd, Flavin et bien d’autres.

Une désinvolture qui sonne comme une véritable générosité de l’artiste. Dans le dialogue impromptu qu’il construit avec la généalogie de ses oeuvres, Mark Handforth ne manie pas la terre brûlée ou la table rase. Plutôt que de déconstruire, il «augmente» le potentiel des objets qu’il expose. Dans Lipstick Taxi, il «relit» Flavin en plaçant ses néons dans le contexte bruyant de la rue. Avec Black Heart, il déplace l’austérité des grandes formes plates d’un Serra ou d’un Andre pour leur adjoindre un sentimentalisme second degré.

Un peu de réalité dans les codes très normés du Minimalisme. Si les angles, les obliques, les lignes de force, l’équilibre des sculptures, les tensions entre oeuvres et espace d’exposition sont particulièrement soignés chez Mark Handforth, une part importante de ses intentions s’échappe du dogme pour gagner la salle de jeu. L’Entertainment pour être plus juste, puisque la parenté avec la culture populaire américaine est établie.

Du spectaculaire au service de la narration. Fidèle à sa démarche, même dans la narration les récits se croisent: c’est le cas notamment avec Man in the Moon où, littéralement, la mythologie de l’Homme sur la Lune voisine avec celle qui représente l’astre dans les contes enfantins. Se croisent ou jonglent avec les redondances, comme dans Weeping Hydrant où la borne incendie réalisée en bronze semble elle-même se noyer dans une mare.

Mark Handforth a beau déboulonner les icônes artistiques de la seconde moitié du XXe siècle, il n’en reste pas moins respectueux de leur apport pour la culture en général et américaine en particulier. En les traversant de toute part, en les jetant dans un contexte urbain ou fantastique, Mark Handforth les expose au spectacle, à la narration sans qu’elles aient à en souffrir.
L’histoire de l’art contemporain a définitivement de beaux restes, et Mark Handforth suffisamment de finesse pour nous le dire avec subtilité.

Mark Handforth
— Ribbon Dancer, 2008. Aluminium et peinture. 270 x 220 cm.
— Black Heart, 2008. Aluminium et peinture. 270 x 220 x 160 cm.
— Lipstick Taxi, 2008. Néon et étui plastique. 300 x 270 x 15 cm.
— Man in the Moon, 2008. Aluminium. 265 x 250 x 6 cm.
— Parking Meter, 2008. Parc-mètre et peinture. 191 x 90 x 45 cm.

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