ART | EXPO

Map with a view. Géométrie de l’enfermement

11 Jan - 08 Fév 2014
Vernissage le 11 Jan 2014

Map with a view est une série d’aquarelles noires aux motifs abstraits dont on ne tarde pas à découvrir qu’il s’agit d’une collection de plans d’architecture de prisons. Cet inventaire des géométries de l’enfermement est composé d’une trentaine de prisons d’origines géographiques et historiques diverses.

Laure Tixier
Map with a view. Géométrie de l’enfermement

Map with a view est une série d’aquarelles noires aux motifs abstraits dont on ne tarde pas à découvrir qu’il s’agit d’une collection de plans d’architecture de prisons. Cet inventaire des géométries de l’enfermement, des espaces de l’orthopédie sociale dont parlait Michel Foucault, est composé d’une trentaine de prisons d’origines géographiques et historiques diverses. Certaines ont disparu ( la prison pour enfants de la Petite Roquette à Paris est devenue un square, celle de Millbank à Londres a fait place à la Tate Britain…), d’autres ont été réaffectées (en mémoriaux et prison-musée comme Robben Island en Afrique du Sud et Indian Cellular Jail en Indes, en musées comme le Panoptico à Bogota devenu le Musée National de Colombie, en universités comme celle de Saint-Paul et Saint-Jean à Lyon, en hôtels de luxe…), les autres sont toujours en fonction.

Quelques années après avoir travaillé à partir des prisons imaginaires de Piranèse (Dolci Carceri), Laure Tixier revient sur l’architecture carcérale. Découvrant pour se repérer lors d’un déplacement dans le quatorzième arrondissement, une zone floutée correspondant à la prison de la Santé sur le plan Paris dans Google Earth, elle a voulu redonner «vue» et «corps» à ce trou noir au milieu de la ville. Cette tentative de réparation, de raccommodage du tissu urbain s’incarne dans une sculpture transitionnelle posée au sol. La technique de ce «tapis quartier» est un mélange de patchwork et de palimpseste. Réalisé avec du rembourrage et des tissus de différentes origines (faisant référence au classement par ethnie des blocs de la prison), il matérialise cette zone opaque et hermétique: une inversion par rapport au plan de Google la fait surgir du plan de manière débordante et boursouflée.

Commence alors une expédition sur Google Earth, de ville en ville, de pays en pays, en quête de prisons: floutées ou non (peu le sont finalement), leur géométrie est repérable qu’elles soient ruptures au sein des villes, clairières au milieu de la forêt, oasis en plein désert, ou îles.

À partir de la recherche géographique se tisse le fil historique. La géométrie de l’enferment a voyagé: ramenée de Russie par Jeremy Bentham, elle a germé à Londres, fleuri en Amérique avant d’être ramenée en France par Alexis de Tocqueville, l’Europe l’a implantée et multipliée dans ses colonies en Asie et en Afrique où elle était inconnue et aujourd’hui surpeuplée.

Issus de cet inventaire, deux wall drawings à l’encre noir contrastent, par leur pureté et leur dureté, avec la chatoyance des maquettes et plans en tissu. Dans cette tension entre le géométrique et l’organique, se joue le refoulé de la rationalisation, le débordement des corps que ces espaces de redressement et d’enfermement tentent de contraindre voire de dissoudre.

Au mur, le tapis d’un quartier d’Ho Chi Minh Ville, avec en son centre la prison de Chi Hoa construite par les français pendant la période coloniale et toujours en fonction.

Un drap, porteur d’intimité et instrument d’évasion, est brodé du titre de l’exposition et du plan de la prison d’Etat de Pelican Bay en Californie, installation de type Supermax où le détenu est en isolement total du reste du monde, même carcéral.