DESIGN | CRITIQUE

Maarten Baas, les curiosités d’un designer

PAnne Bony
@26 Oct 2011

Maarten Baas, l’enfant de la révolution du design hollandais vient inventer un espace de représentation singulier, une scénographie décalée pour des objets surprenants, dans le contexte historique du Musée des arts décoratifs de Paris.

L’histoire du Design vient se nourrir d’évolution et de révolutions, de courbes et de contre-courbes. L’histoire se nourrit de ces cycles et Maarten Baas est une personnalité qui appartient à une vague générationnelle née dans les années 90 aux Pays-Bas. Les repères de cette tendance sont la naissance du groupe Droog Design en 2003 pour une approche conceptuelle du Design et l’excellence de la Design academy de Eindhoven dirigée par Li Edelkoort, sensible aux tensions du quotidien et renonçant aux diktats du design fonctionnel. Nourri de ces doutes, Maarten Baas invente son design.

Il invite à entrer dans un imaginaire nourri de bandes dessinées et de science fiction mais aussi à questionner les formes fondamentales de l’histoire de l’art. Une vision contemporaine de l’histoire du style du savoir-faire et un désir démiurgique de se saisir du temps.

L’histoire du style, l’héritage du passé, Maarten Baas ce révolutionnaire de la dernière heure vient s’en saisir en lui donnant une seconde vie. Il sacrifie ce patrimoine exemplaire, cette empreinte génétique, il force le regard et propose un gigantesque autodafé des icônes du passé mobilier, à l’instar de l’artiste Arman dans les années 70, de Marcel Duchamp dans les années 20 et impose sa série smoke. Les pièces sont soumises à l’épreuve du feu et comme au XIXème siècle sont noires, une non couleur obtenue par la carbonisation des bois. Son processus créatif se fonde sur un renouvellement de sa palette, combinant le hasard et le temps. Le registre adopté par Maarten Baas pour Chankley Bore fait référence à un univers sympathique, une allusion aux robots ludiques de son enfance ou bien une façon personnelle de repenser l’histoire et de se glisser dans les pas d’Ettore Sottsass et Memphis pour ré enchanter le quotidien.

Il conçoit un nouveau savoir-faire, l’ADN du design se réinvente débarrassé des technologies du numérique, des impératifs de la production industrielle. Il met à l’épreuve sa capacité à retrouver l’humanité, la dignité de l’artisan modeleur, du potier, en manipulant une matière contemporaine: l’argile synthétique. A la main, renouant avec la tradition des guildes du Moyen-âge ou de son renouveau au XIXème siècle avec les Arts & crafts, il met en forme des éléments de mobilier qui sont des pièces uniques marquées par les hésitations, la poésie de son esprit. Il pose la question d’un regard nouveau sur l’objet fonctionnel. La série sculpt mêle onirique, fantastique et performance artistique.

Le temps est une donnée immatérielle, incontrôlable, une mathématique de la durée insaisissable et immuable à la fois. A l’heure des nouvelles technologies de la communication, de la perception extraordinaire en temps réel des minutes de la vie sur le plan intime et international, réalité augmentée et chaotique que le cerveau peine à hiérarchiser tant les données sont nombreuses et instantanées, Maarten Baas s’interroge. Il imagine sur cette logique fluide et continue des minutes scandées, un mode de représentation fondé sur le réel. Un temps concret real time incarné par deux balayeurs qui poussent sur douze heures durant des feuilles mortes dans une cour matérialisant ainsi les aiguilles d’une montre, sur l’effacement progressif et évolutif de chiffres sur une pendule analogique ou bien sur la perception du réel et du décalage horaire par la monstration de trois focales sur la vie quotidienne à New York, Paris et Pékin. Ces dispositifs posent des problématiques qui relèvent bien de la discipline du design et mêlent cependant à l’objectif fonctionnel une technique vidéo qui invite le champ de l’art.

Finalement cet enfant terrible de l’école hollandaise est bien en phase avec son temps et avec humour et bonne humeur il replace le design au centre de la vie.