DANSE | CRITIQUE

Ma première rétrospective de mon vivant

PMattia Scarpulla
@18 Avr 2008

Des danses tendres, danses en cri, danses en quête. Hélène Marquié décompose les genres imposés de la danse contemporaine ‘politiquement correcte’, n’oubliant jamais que la danse est avant tout un plaisir.

Hélène Marquié entre en scène dans une tenue de répétition, elle porte une valise et… aux pieds… des chaussettes rouges ornées d’une vache-ballerine. Ces chaussettes ne sont pas élégantes mais très confortables pour un danseur qui s’échauffe. La chorégraphe se présente au public sous une apparence qui n’est pas celle formatée par les médias. Elle entre sur la scène vide, habillée de la tenue quotidienne des danseurs, agrémentée d’une touche farcesque. Son passé l’accompagne dans une valise…

Hélène Marquié a décidé de mettre en scène sa première rétrospective. Les créations autobiographiques sont à la mode. La danseuse manie l’humour avec ce genre dont elle dit qu’il attire les subventions et raconte en même temps ses engagements politiques au travers de son histoire personnelle et professionnelle, par quelques phrases et par des fragments de chorégraphies passées.

Sa première danse évolue sur la mélodie de La lettre à Elise de Beethoven. La lumière efface l’espace et accentue l’attention des spectateurs sur le corps, vu de dos. Un bras s’avance et conduit le regard de l’interprète. Les mouvements sont saccadés, le corps bouge rapidement au niveau des épaules, des genoux et du bassin. Puis Hélène Marquié se lance dans l’espace, ses gestes sont forts et en même temps tendres. Elle semble chercher quelque chose d’invisible. Cette chorégraphie brouille les codes classiques et contemporains.

Les danses alternent avec des réflexions sur la scène actuelle de la danse française. La chorégraphe démonte le mythe d’une danse contemporaine engagée. Elle montre la contradiction de spectacles qui ont attiré les éloges de la critique, de chorégraphies où apparaissent des citations générales de l’œuvre de Deleuze, Foucault ou Bourdieu, qui crient contre le monde néo-libéral, mais qui oublient de communiquer avec le public qui leur fait face, et qui ne mettent pas réellement en doute les représentations sociales et culturelles de la société française.

La force de la pièce d’Hélène Marquié est de faire passer ce message sans prosélytisme ni démagogie. Elle adopte des techniques dramaturgiques appartenant au théâtre pour enfant, et c’est au travers d’amusantes figurations qu’elle exprime ses critiques.

Sur une chanson de Colette Magny, la danseuse se présente en robe du soir. Les éclairages dessinent sur le sol un rectangle qu’elle parcourt lentement.
Dans un premier temps, elle ne danse qu’avec ses abdominaux et ses muscles lombaires. Le visage et les membres sont figés, la musique mélancolique danse avec le ventre. La lumière s’éteint, puis se rallume, et la danseuse pousse son cri muet, la bouche ouverte, les bras en l’air ; le corps se dessine, éclaté dans la musique et dans la tension des muscles.

A d’autres moments, la chorégraphe dénonce les représentations masculines et féminines nourries par la société. Elle danse sur des textes de Freud, qui théorise l’infériorité de la femme et sa ‘nature subordonnée’ à celle de l’homme. Mais ce solo, tout comme les autres, ne fait pas que critiquer les clichés masculins ou féminins réitérés dans de multiples productions contemporaines. Hélène Marquié dépasse cette dualité en présentant sa danse, qui est un peu masculine, un peu féminine, — si on veut se référer encore à ces catégories —, mais qui surtout lui appartient.

La danseuse continue à chercher des costumes dans sa valise. Les lumières et les voix off introduisent son passé. Hélène Marquié revendique sa manière de résister, sa manière de danser, sans jamais oublier de transmettre aux spectateurs le plaisir de danser.

Lien
www.compagniehelenemarquie.com

Horaire : les mardis et les vendredis à 19h

— Chorégraphe et interprétation : Hélène Marquié
— Création lumières : Patricia Godal
— Musiques : Klezmorin, Beethoven, Evasion, Colette Magny, Schubert, LSD Projection, Mikhail Alperin
— Voix off : Philippe Languille, Kader Rahmani, Michael Bugdahn